Alain Guionnet – Journal Revision

6 décembre 2012

SZEGEDI ET GOLLNISCH

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 17:53

L’affaire Csanád Szegedi, député de Jobbik né en 1982, a amusé la galerie cet été. Ses prénom et nom pouvaient surprendre, Csanád étant inconnu, comme si ses parents avaient voulu donner à leur enfant prénom sans connotation religieuse, chrétienne, juive ou païenne. Ensuite Szegedi signifie Szegedois, habitant de Szeged, ville où se trouve la plus grande synagogue d’Europe.

Plusieurs papiers sont parus sur l’affaire, qui aurait éclaté après que Szegedi eut soudain découvert son ascendance juive. Héti világgazdaság, Économie mondiale de la semaine, périodique que nous avons cité sous son titre abrégé HVG, dont nous disions qu’il était assez fiable avant de nous apercevoir qu’il est au service du Cahal, a d’abord ironisé : « Il y a donc au moins un politicien de Jobbik [parti d’extrême droite hongrois] qui pense que la Shoah a eu lieu — mais c’est secondaire, ce qui importe c’est que Csanád Szegedi n’en devient pas juif pour autant — car c’est avant tout affaire d’engagement — est juif celui qui se reconnaît comme tel. » Cette version, avec son horrible ponctuation, est celle de Courrier international, autre publication du Cahal. D’où cet humour juif, qui veut que tout juif croie à la Shoah, dont aucun membre de Jobbik ne serait dupe.

À ce moment-là Gabriel Vona, président de Jobbik, ne tenait pas rigueur à Szegedi de sa judaïté. Il comptait le maintenir dans ses fonctions. Mais la toile a parlé. Un membre de Jobbik s’interrogeait sur l’éventuelle judaïté de Szegedi. Il fit des recherches et découvrit que la mère de Szegedi est juive, comme l’étaient son père et sa mère, tous deux rescapés de l’Holocauste. Puis il en informa l’intéressé, qui fit mine de le découvrir, alors qu’il le savait depuis longtemps. Naturellement, Szegedi proposa d’acheter le silence de son interlocuteur. Mais le gars refusa. La judaïté de la mère de Szegedi ne le gênait pas vraiment. En revanche, il était choqué que Szegedi eût menti sur son origine juive à la direction de Jobbik.

Résultat, après enregistrement de leur conversation diffusé sur la toile, Szegedi aurait démissionné le 30 juillet. Autre résultat, des mauvaises langues magyares parlent maintenant de Rabbik au lieu de Jobbik, jeu de mots qui, pour une fois, se comprend aisément.

Autre vedette à Budapest le 23 octobre, Bruno Gollnisch, invité par Jobbik. Son discours de cinq minutes est visible sur Youtube. Gollnisch dit quelques mots hongrois que la prétendue interprète ne traduit pas. Elle lit en réalité une traduction écrite de son discours, précédemment traité. Gollnisch commence par dire « Dieu est grand ! » en hongrois, avant de souligner l’importance de l’héritage chrétien et de ses saints en Hongrie — et dans les nations d’Europe.

Gollnisch a étudié l’histoire il y a longtemps, quand le racisme anti-hongrois faisait fureur en France. Il consistait à voir dans la Hongrie pays féodal chrétien. Convaincu de s’adresser à des crétins, désireux de voir figurer dans le préambule de leur constitution leur identité chrétienne, Gollnisch n’a pas lésiné sur ce thème. Pourtant la religiosité du Magyar est partagée. Les chefs de Jobbik voient dans le christianisme, catholique romain en particulier, mais pas seulement, arme politique contre l’Orient et ses deux grandes populations dans le pays, juive et tzigane. Ou encore arme politique et sociale, comme en sont convaincus les nombreux calvinistes du pays, dont la répartition géographique est éloquente. Mais les calvinistes votent rarement pour Jobbik, mouvement trop prolétarien à leurs yeux.

Bref, Gollnisch n’a pas saisi la complexité de l’esprit hongrois, qui n’est pas celui de chrétiens attardés, mais de gens vivant au cœur de l’Europe, soumis depuis longtemps à toutes sortes d’influences étrangères, toutefois soucieux de préserver leur identité, avec leur langue originale entre toutes et leurs coutumes.

Gollnisch savait qu’il était attendu sur l’accord de Trianon. Là encore, il a fait fort, en commettant énorme gaffe, quand il dénonça « l’injuste et affreux traité de Trianon ». Or le traité de Trianon n’a jamais existé, il s’agit d’un accord comme il appert à la lecture du document, qui prévoyait de possibles révisions. Heureusement, la version hongroise corrige la faute. Elle parle d’accord (egyezmény) de Trianon. Signe que le Magyar connaît mieux l’histoire que Gollnisch.

Voilà ce qui arrive quand on ne lit que la presse juive, en France comme en Hongrie (Hisztoria, HVG, Népszabadság, Múlt és jövö, etc.). Jobbik prétend combattre sérieusement la corruption. Gollnisch aurait pu en toucher mot, ce thème intéressant plus la population que ses bondieuseries, mais il ne l’a pas fait.

Échec de Szegedi donc, demi-échec de Gollnisch qui fut pédant.

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