Alain Guionnet – Journal Revision

14 août 2012

HITLER ACQUITTÉ !

Ça y est, Adolf Hitler vient d’être acquitté par Vincent Reynouard, comme on peut le découvrir sur Dailymotion. Hélas ! Reynouard débute « Acquittement pour Hitler » 1/2 par le procès du Tribunal militaire international d’après-guerre, dit de Nuremberg. L’acteur a la bonne idée de revêtir robe d’avocat, mais de grâce, qu’il cesse de partir de ce procès quand il évoque le régime hitlérien !

On s’aperçoit vite que Reynouard est profane en histoire. Non seulement il persiste à parler de Seconde Guerre mondiale au lieu de deuxième guerre mondiale, mais il n’emploie pas le subjonctif imparfait quand il s’impose. Il n’a guère évolué depuis qu’il commenta « Holocauste » il y a quelques années. Heureusement, « Pourquoi je plaide l’acquittement pour Hitler » 2/2 est plus clair, car Reynouard parle en son nom. Il ne joue pas à l’avocat reconstituant des faits révolus, il suit l’ordre chronologique.

Il commence par deux erreurs d’années. Eh oui, le traité de Versailles fut signé en juin 1919, l’accord de Trianon en juin 1920. Puis il relate comment la Hongrie fut « mutilée », « dépecée » à Trianon, ce qui est capital, vu que la Hongrie fut plus maltraitée que la Germanie lors de la « paix de vengeance » que dénonce Reynouard.

Il s’agit pour Reynouard d’entrée en matière, l’important étant pour lui que le traité de Versailles fut à l’origine de la formation du régime hitlérien, ainsi que les répercussions de la crise économique de 1929. Propos mille fois entendus, qui jouent le rôle de leurres. Avant que l’acteur en arrive à 1938 et 1939, années sur lesquelles il dit trucs intéressants faisant apparaître qu’il a étudié les relations diplomatiques de l’époque. Selon lui, Pologne et Angleterre seraient principales responsables de la Seconde Guerre mondiale, la Pologne par son intransigeance, l’Angleterre par le fait qu’elle encouragea la Pologne en sous-main. Quant à la France, soi-disant « obligée d’agir au nom de son traité d’assistance mutuelle [avec la Pologne], c’est entièrement faux, dans le droit, puisque la SDN n’existe plus, comme dans les faits ». D’ailleurs l’Angleterre aurait torpillé l’ultime tentative de négociation, alors que les propositions de Hitler étaient recevables.

C’est possible au plan diplomatique, mais Reynouard ignore apparemment la politique multiséculaire de la Couronne britannique, ainsi que la teneur des rapports de ses services de renseignement. D’abord le Royaume Uni s’oppose à ce qu’un pays d’Europe continentale ait rôle prépondérant. Raison pour laquelle il fit la guerre à Napoléon, puis au deuxième empire germanique, en 1914, enfin au troisième, en 1939. Quant aux rapports des services secrets britanniques, ils se devinent aisément. Il suffit de lire Mon combat pour s’en convaincre. Hitler ne voulait pas faire la guerre à la France et à la Grande-Bretagne, son regard était tourné vers l’Orient. C’est par là que passait sa volonté d’accroître l’espace vital (Lebensraum) des peuples formant la nation germanique, en direction de l’Ostraum (Orient, littéralement espace Est). Aussi le plan de guerre coloniale de peuplement du régime hitlérien en direction de l’Orient était connu dès 1938, sinon avant. Voyez la vigueur avec laquelle Hitler dénonçait le péril judéo-bolchevique dans Mon combat. Elle ne laissait planer aucun doute sur ses objectifs à long terme.

Reynouard fait plus ou moins sienne la thèse d’Ernst Nolte, quand il dit « c’était une guerre idéologique ». Mais il aurait pu aller plus loin, en expliquant sa nature. En ne se penchant pas seulement sur l’œuvre de Winston Churchill, mais aussi sur sa vie. Il se serait alors aperçu que Churchill fut initié à un ordre païen avant de devenir fils de la Veuve et de s’illustrer parmi les alcooliques célèbres. Or Hitler avait interdit les sociétés secrètes, objet de litige en partie à l’origine de la deuxième guerre mondiale, qu’on la qualifie de guerre civile, comme Nolte, ou d’idéologique, comme Reynouard.

On peut souvent tenir les responsables des guerres pour partagés entre pays en conflit. Ce fut le cas en 1870-1871, Napoléon III, dépassé par les événements et par les intrigues, ayant eu indéniable part de responsabilité dans l’éclatement du conflit. En ce qui concerne 1914-1918, les responsabilités sont également partagées, comme en 1939-1945, où le rôle joué par la Grande-Bretagne fut considérable, mais où la volonté d’expansion coloniale du régime hitlérien en Orient était connue. Tant et si bien que les hommes politiques bellicistes britanniques (ils ne l’étaient pas tous) pouvaient se retrancher derrière cet adage : mieux vaut prévenir que guérir.

Et puis, l’instauration du régime soviétique avait permis d’éliminer concurrent possible des économies occidentales. Mieux valait le maintenir en l’état. Au dix-neuvième siècle, Prusse et Russie avaient semblé puissances montantes pouvant inquiéter les économies occidentales. À la suite de la dernière guerre mondiale l’Union Soviétique fut d’ailleurs largement récompensée pour ses efforts de guerre, ce qui élimina du champ de la concurrence les pays d’Europe orientale qui lui furent rattachés.

Bref, on aurait tort de vouloir tirer des leçons de morale de l’histoire et de la politique. Seules deux catégories d’hommes sont à distinguer : vainqueurs et vaincus. Toutefois Reynouard semble s’imaginer que les vaincus d’hier peuvent être vainqueurs demain. À moins qu’il soit persuadé de pouvoir faire carrière d’historien indépendant, dirigeant une chaîne de télévision ! Pourquoi pas ? Il a raison de vouloir concurrencer Arte, qui jouit d’un monopole insupportable dans le traitement télévisuel de l’histoire du régime hitlérien. Dommage seulement que Reynouard en gomme certains aspects.

(C’est la première fois que Revision rapproche les mots Lebensraum et Ostraum, bien que la liaison entre les deux soit évidente, l’accroissement de l’espace vital des peuples germaniques ayant été planifié en direction de l’Orient depuis le traité de Versailles, sinon avant. À ce sujet, nous conseillons au germanophone de lire Verhalten der Truppe im Ostraum, en première page de Google consacrée à Ostraum. Quant aux gens qui ne trouvent pas ce mot dans les dictionnaires bilingues, qu’ils ne s’inquiètent pas ; il a été rayé à dessein pour éviter que le lecteur fasse la liaison entre Lebensraum et Ostraum.)

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