Alain Guionnet – Journal Revision

20 décembre 2011

COUTUME SUPLICIANE

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 12:02

Sous l’Ancien Régime, à la fin dix-huitieme siècle, les suplicians (séminaristes de Saint Sulpice) étudiaient dans une des dernières grandes écoles de sciences politiques et religieuses. Ils savaient leur avenir incertain à la suite de l’extermination des jésuites de France. Voici le récit d’une de leurs coutumes pendant les deux mois qu’ils passaient chaque année dans leur résidence d’été à Issy ; en jargon et en français moderne :

Car c’est la couteume cheuz eux Car c’est la coutume chez eux

de bailler quente bal ou deux de bailler tantôt bal ou deux

pendant les deux moüas de Vacance pendant les deux mois de vacance

pour y exercer leur loquence. pour y exercer leur éloquence.

Le jardignier dans certains coins Le jardinier dans certains coins

nous cachit pour etre temoins. nous cacha pour être témoins.

D’abord ils entront en soutane, D’abord ils entreront en soutane,

dans une certaine cabane, dans une certaine cabane,

ou qu’ils quittont tout l’attirail où ils quitteront tout l’attirail

qui rend peu propre a ce travail ; qui rend peu propre à ce travail ;

Pis s’habillent a la legere, puis s’habillent à la légère,

et se deguisent de magniere, et se déguisent de magnière,

que l’un parouët en Arlequin, que l’un paraît en arlequin,

un autre endosse un cazaquin, un autre endosse un casaquin

si chamare qu’il vous fait rire, si chamarré qu’il vous fait rire,

plus qu’an ne pourroit jamais dire ; plus qu’on ne pourrait jamais dire ;

Sty met en guise de bonnet, C’est-i qu’il met en guise de bonnet

sur sa tête un certain cornet, sur sa tête un certain cornet,

qu’emite assez par sa figure qu’imite assez par sa figure

des  femmes du Rhin la coëffure ; des femmes du Rhin la coiffure ;

deux belles oreilles d’ânon deux belles oreilles d’ânon

au bas s’ajustont de façon, au bas s’ajusteront de façon,

que gna jamais eu mascarade qu’il n’y a jamais eu mascarade

qu’ait fait pareille bouffonnade. qu’ait fait pareille bouffonade.

D’autres barbouillés de vin doux D’autres barbouillés de vin doux

fesont bien sagement les fous, feront bien sagement les fous,

voulant devartir l’assemblée, voulant divertir l’assemblée,

joucqu’a la piece commencée. jusqu’à la pièce commencée.

Enfin l’autre aveuc ses sabots, Enfin l’autre avec ses sabots,

s’avance comme un grous palaux, s’avance comme un gros pâlot,

et fait d’une lourde cadence et fait d’une lourde cadence

aux Jesuitres la reverence ; aux jésuites la révérence ;

plus profonde en particulier plus profonde en particulier

au fameux pere Teinturier, au fameux pere Teinturier,*

qu’an dit aux acteurs trés utile, qu’on dit aux acteurs très utile,

quand c’est qu’ils prechent l’Evangile, quand c’est qu’ils prêchent l’Évangile

J’oubliens de dire en passant, Nous oubliions de dire en passant,

que pour y etre president, que pour y être président,

Le bon curé de Saint Suplice, le bon curé de Saint Sulpice,

Suspend tout utile exarcice. Suspend tout utile exercice.

Eh ! Son frere Le Mitrier Eh ! son frère Le Mitrier**

dit bien du comique mequier, dit bien du comique métier,

que c’est pour toute la jeunesse que c’est pour toute la jeuness

la vraye école de Sagesse ! la vraie école de Sagesse !

* Le Tellier. ** Fabricant de mitre personnifié.

____________________________________________________

Les mots de jargon sont assez peu nombreux dans le récit de cette farce organisée par l’administration du séminaire, présidé par le curé. C’est Saint Sulpice qui fournit l’attirail, ou les déguisements. À noter que le texte est au futur, à de rares exceptions près comme j’oubliens dont le temps est légèrement incertain. Je signifie nous dans pareil cas, oubliens vraisemblablement oubliions, mais ce n’est pas sûr. Le futur est sorte de laissez-passer. Il indique que les suplicians désirent ne plus s’engager ostensiblement en politique. Voyez, ils se divertissent comme de grands enfants, il n’est pas question de sexe dans leurs pitreries.

La direction du séminaire aurait voulu prendre ses distances vis-à-vis des jésuites et des molinistes. Bien sûr, elle collabora au molinisme, que le cardinal Hercule Fleury dressa au rang d’idéologie politiquement correcte quand il gouverna la France ; mais sans qu’il y crût, pour raison politique lui ayant permis d’assurer son succès personnel.

Aussi l’auteur de la Harangue aurait été porte-parole d’une institution.

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