Alain Guionnet – Journal Revision

14 décembre 2011

D’ÉTIENNE À ROCHEBOUËT

Cinquième siècle, l’empire Romain s’effrite depuis qu’il a déplacé sa capitale de Rome à Constantinople, en Orient, sur la route de Sion. Dans cette capitale désormais politique et religieuse. Ce qui ouvre la voie aux invasions barbares, à celles d’Attila, Fléau de Dieu, en particulier. D’où la redécouverte d’Étienne, saint parmi les saints, dont le martyre fut comparable et contemporain de celui de Jésus, à ceci près qu’il eut le Sanhédrin pour bourreau, pas Ponce Pilate.

Sixième siècle, nouvelle ville prend essor sur l’île de la Cité, à Parisis, qui tire son nom des Parisii, tribu galoise du bassin parisois, appelée ainsi par Jules César. Sur cette île se trouvant en plaine alluviale inondable, que Childebert Premier, fils de Clovis, renforça avec sa charte de 558, qui confia, dit-on, l’administration de la grand paroisse Saint-Étienne d’Issy à l’Abbaye de Saint Germain des-préz. Si bien que le nom d’Issy est lié à deux saints, Étienne et Germain.

Sans qu’on sache de quel saint Germain il s’agit. De celui de Saint-Germain-des-Prés, ou bien de Saint Germain le Viel, le Vieil, le Vies, le Viez, puis le Vieu, enfin le Vieux, au dix-huitième siècle, sur l’île de la Cité ; paroisse dont l’église fut fermée en 1790, vendue en 1796, avant d’être détruite (elle se trouvait à l’emplacement de la préfecture de police de Paris). Saint Germain le Vieil aurait dû son nom au fait que, lors des invasions normandes, vraisemblablement en 886, des reliques de saint Germain y auraient été transportées afin de les préserver. En un temps où la basilique Saint-Étienne de Paris se trouvait à l’emplacement de la cathédrale Notre-Dame, dont elle couvrait près des deux-tiers de la surface initiale.

Fait à présent établi. Mais en 1764 l’abbé Jean Lebeuf écrivait : « Il n’y a pas beaucoup d’apparence que l’Eglise bâtie par Childebert dans la Cité, ait duré au-delà de deux ou trois siècles, quoique cela ne soit pas impossible, puisqu’on lit, que les Normans épargnerent l’Eglise de Saint-Etienne », « qui avait un dôme à l’antique, où s’est tenu le Concile de Paris de 829 » (Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, tome premier, première partie, 8-9). Ce n’est qu’au treizième siècle que « la vieille Eglise de Saint-Etienne qui avait nui a la construction des ailes du côté méridional [de Notre-Dame de Paris], fut aussi abattue au bout de six cens ans », « vers 1240 » (ibid. 10). En 1739, dans Dissertations sur l’histoire ecclesiastique et civile de Paris, l’abbé était plus catégorique. Selon lui Notre-Dame de Paris est édifice gothique du douzième siècle, tandis que la construction de l’église Saint Germain des Prés date au moins du onzième siècle. L’« antiquité » prétendue de sa construction, sous Charlemagne, était mensongère.

Notez la transformation : Jean Lebeuf, sous-chantre et chanoine d’Auxerre, était plus radical sur ce point en 1739, dans sa dissertation adressée « à Monseigneur le Comte de Maurepas, Ministre et Secrétaire d’Etat », qu’en 1764. Pour raison politique, car il ne fallait pas douter de la grandeur et de l’antiquité de la France à ce moment-là, liées au christianisme et à la force de son clergé, supposé parler d’une seule voix. Il fallait d’autant plus y croire, que c’était faux.

Un seul site communique des informations assez sérieuses sur le sujet, Églises et cimetières de l’île de la Cité. Il le fait à partir d’au moins deux bases. D’une part, Lutèce ne se trouvait pas sur l’île de la Cité, mais plus à l’ouest, dans les Hauts-de Seine, qui portent bien leur nom, dans une région moins inondable. C’est sous Clovis, puis sous le règne de son fils Childebert, que Parisis prit son essor. Bien sûr il y avait des habitants sur l’île, comme sans doute à Montmartre, Charonne, Saint-Denis, Montmorency, Pacy, Issy, Palaiseau (où Childebert avait château), dans endroits élevés, à l’abri des inondations. À l’exception de l’île de la Cité, dont la bourgade était en grande partie habitée par des pêcheurs et des bateliers.

Mais Childebert y vit centre de communication propice à l’enrichissement et à l’agrandissement de son royaume ; lequel passait par son alliance avec l’Église, qui disposait d’un réseau administratif et culturel étendu, dont l’appui était indispensable pour mener politique audacieuse et pour s’entendre avec les seigneuries féodales qui pullulaient ; bien sûr en parlant latin, déjà différent du latin classique, qui allait devenir de plus en plus ecclésiastique tout en se simplifiant. Au point que c’est le latin ecclésiastique, assez proche de l’italien, qui devrait être enseigné à l’école, pas le latin classique, auquel les répétiteurs ne comprennent rien.

Deuxième raison de la qualité du site indiqué : ses auteurs, dont la dernière mise à jour date du 11 décembre, s’inspirent de l’abbé Lebeuf, excellent historien ayant vécu au dix-huitième siècle. Compliment rare dans la boche de Guillotine, qui s’accorde cette fois avec la diction populaire c’est pas Beuf, qui signifie c’est pas du Lebeuf, car c’est Lebeuf qui a vu en Saint Germain le Vieux une des églises les plus anciennes de l’île de la Cité, antérieure au règne de Childebert. Elle était petite quand elle fut oratoire proche de la Seine, où les bébés étaient immergés dans l’eau. Font baptismal antérieur à celui de l’annexe de la basilique Saint-Étienne, dont Childebert aurait débuté la construction.

En 1790, l’église mesurait près de 564 mètres carrés, et c’est à tort que des contemporains prétendirent qu’elle était une des plus pauvres, car ses revenus étaient seulement modiques, après que sa paroisse se fut étendue d’une rive à l’autre de l’île de la Cité. Elle préleva même son cens sur cinq ou six maisons rue de la Juiverie, actuelle rue Massillon, tronçon de l’ancienne rue de la Juiverie. Quant au fait que celle-ci était perpendiculaire à Notre-Dame, où elle aboutissait, cela n’étonnera que l’imbécile, la juiverie ayant été fer de lance du christianisme du point de vue chrétien. Mais pas seulement, l’historien n’ayant que des réserves à apporter sur cette thèse.

Nonobstant, on trouve les noms de saint Étienne et saint Germain associés à Paris, comme à Issy. Dès le sixième siècle, même si l’abbaye de Saint Germain des Prés n’existait pas et que la paroisse Saint-Étienne d’Issy fut d’abord placée sous l’autorité de l’église Saint-Vincent, avant qu’elle fût appelée Saint-Germain-des-Prés. Plus tard, après que Charlemagne, ou Karl der Große, et les Francs eurent envahi et dominé la France, se développa le culte de saint Germain, sans lien direct avec l’évêque d’Auxerre Germain, sanctifié après avoir, dit-on, tenté de convertir les pélagiens des îles britanniques au quatrième siècle.

On sait généralement les nombreuses compétences qu’avaient les religieux au Moyen-Âge : liturgiques, administratives, judiciaires, architecturales, artistiques, mais on oublie souvent leur capacité à écrire l’histoire d’une façon sans rapport avec celle des auteurs des chansons de geste, puis des chroniques. Au point que l’historien s’amuse en lisant chansons et chroniques, mais qu’il porte autre regard sur les gestes des clercs religieux, à commencer par celles des moines bénédictins qui n’avaient pas d’intérêt particulier à défendre, autre que celui de Dieu et des différentes nations d’Europe, à l’époque en guerre contre le Sarrazin.

Plus tard, au dix-huitième siècle, quand la « Harangue des habitans de la paroisse d’Issy » fut écrite par un dénommé Pilé, de Saint Germain le Vieux, le rapport entre saint Étienne et saint Germain réapparut. Toutefois le nom de Pilé n’apparaît pas dans Devenir curé à Paris — Institutions et carrières ecclésiastiques (1695-1789), par Ségolène de Daimville-Barbiche, PUF 2005. En revanche le choix de Saint Germain le Vieux s’explique par la personnalité de son curé du 2 mai 1729 jusqu’à sa mort, le 10 mars 1743. Jacques-Louis de Rochecbouët était un des opposants les plus acharnés du cardinal Fleury et de l’archevêque de Paris Vintimille du Luc, nommé à ce poste le 10 mai 1729.

Rochebouët était anticonstitutionnaire et convulsionnaire. Né en 1685 à Paris, issu de famille calviniste. À sa nomination en 1728, il résidait à Alès comme chanoine et vicaire général du diocèse. Docteur en théologie, il présida l’Université de Paris. Statut qui lui fut conféré car la cure de Saint Germain le Vieux avait l’Université de Paris pour patron, et vice-versa, croit-on imaginer. Ce qui explique sans doute en partie le fait que vers 1639, dix ans après l’entrée en fonction de Vintimille, il subsistait seulement 5 des 23 curés anticonstitutionnaires de 1731, dont Rochebouët. C’est le comportement de cet homme qui inspira l’auteur de la Harangue, qu’elle fût écrite avant 1743, ou après le 5 juin 1772. Question pas élucidée, même si la seconde hypothèse est la plus vraisemblable.

Par la suite on peut conjecturer que le bassin parisois et sa banlieue n’ont pas deux saints majeurs, mais trois, car à Étienne et Germain s’ajoute Geneviève, dont l’église s’empara de Vanves au treizième siècle, au détriment du chef-lieu de canton Issy. Bien sûr il n’est pas question de la basilique de Saint Germain l’Auxerrois, construite plus tard en bord de Seine, sur la rive droite de Paris, légèrement à l’ouest de l’île de la Cité. Façon des religieux de réécrire l’histoire. Selon eux, le culte de saint Germain n’aurait pas été lié à la domination de la France par les Francs, bien qu’ils donnassent leur nom au pays, mais à celui de l’évêque Germain l’Auxerrois.

Ajoutez au tableau sainte Geneviève, et vous vous dites que c’est bizarre, car les gars de la butte d’Issy, comme le norman Corneille, ne sont pas hostiles à Attila. Ni au Germain, qui préfère qu’on l’appelle boche plutôt qu’Allemand. Aussi la paroisse d’Issy est celle de Saint Étienne, lié à saint Germain, tandis que sainte Geneviève, dernière roue du carrosse, est reléguée à Vanves, petit village longtemps situé au pied de la butte de la localité, à un endroit dont l’altitude suffisait à le protéger des inondations.

À cet égard, le style d’écriture de l’auteur de la Harangue est frappant car volontiers agglutinant. Difficile de l’attribuer à Rochebouët, question de date, mais ce n’est pas totalement exclu. Le 15 décembre, Port-Royal proposa à Guillotine de voir portrait de Rochebouët. Comme souvent, Guillotine a tranché sans réfléchir : il cherchait ses écrits, pas son portrait. Quel idiot ! il oubliait que le visage d’un homme est parlant, sa race et sa volonté pouvant être examinées. Avec son nom et son comportement, Rochebouët, comme Hervouët et tant d’autres, pouvait être de race bretoke. C’est facile à voir, Dieu ayant fait l’homme avec de la glaise, le bretok avec du granit.

Heureusement ce n’est que partie remise, le portrait de Rochebouët sera examiné la semaine prochaine, mais le style agglutinant du jargon d’Issy ne trompe personne, il est boche. Lebeuf décèle la présence de Lombards à Issy. Vu la qualité de ses études il est sans doute fondé. Au temps moderne, les Lombards furent remplacés par les corsicauds, quelques-uns sur la butte, nombreux dans la rue de l’Abbé Derry, qui dévale le coteau en direction de Vanves, au nord-est de la butte.

Avec le corsicaud, c’est entente cordiale et modérée avec Aigle Noir. Les corsicauds d’Issy sont moins nombreux que les armingos. Ils chient dans leur froc face à la coterie juive, qui leur semble infiniment supérieure. Quand Aigle Noir leur propose de s’engager plus avant, ils ne disent pas non. Entre les deux camps il y a modus vivendi. Surtout que le corsicaud préfère être appelé lombard plutôt que génois, quelle horreur !

En partant d’Étienne pour en arriver à Rochebouët, nous tenons le bon bout.

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