Alain Guionnet – Journal Revision

10 décembre 2011

AFFAIRE CULTURELLE

Hier soir, vernissage de l’exposition Alice au royaume de la carte à jouer. Il y a beaucoup de monde à l’intérieur, il fait chaud, le buffet ne sera ouvert qu’après l’arrivée du maire. Guionnet sort, il fait bon. Tiens, voilà Gérard Le Sieur en train de jaser. Guionnet s’approche, bientôt ses deux auditeurs s’éclipsent. Ils commencent à gazer. Le Sieur, âgé d’une soixantaine d’années, a toujours habité la butte. Il jacasse du presbytère, de la fontaine, des sources, de la « tour carrée ».

Mot inconnu de Guionnet, car il est question de maison forte dans les livres, pas de tour carrée. Mais il est vrai que l’édifice était carré. Le Sieur l’appelle ainsi car c’est sans doute comme ça que les Issisois désignaient la bâtisse autrefois. Un de ses murs fut conservé au début du dix-neuvière siècle, quand le bâtiment fut détruit. Non par souci archéologique, mais pour servir de soutien à la construction attenante. Après de nombreux siècles le mur tient toujours.

Tout en jappant, Guionnet prend position en contrebas de la pente, car il se doute que le despote va débouler du haut de la butte (il avait vu foule assemblée devant le restau’ portos La Colina peu de temps avant, et il savait que le tyran préfère descendre le coteau plutôt que le monter). Aussi fut-il premier à le voir arriver. Il y avait trois fois deux personnes à ce moment-là près du trottoir. Le monstre salua les deux plus proches de lui et leur dit quelques mots, tout en fixant du regard Le Sieur et Guionnet. Il salua brièvement les deux autres personnes, puis fit presque demi-tour pour saluer Le Sieur, que le despote appelle Le Voyageur, et Guionnet. Ce n’est donc pas Guionnet qui est allé à Santini, mais l’inverse. (N’importe comment l’affrontement aurait eu lieu.)

Cette fois, Guionnet ne refusa pas de serrer la paluche flasque aux doigts boudinés de l’« ennemi de Voltaire ». Le choc avait lieu. Santini n’a pas dit à ses gorilles de se calmer, car il n’en avait pas. Il était fier. Il montrait au monde entier qu’il n’avait pas peur d’Aigle Noir. Bien sûr il parla au Sieur, qu’il connaît depuis longtemps, jusqu’au moment où Guionnet lui posa la question : « Qu’en est-il du temple magique ? » Le despote joua à l’idiot : « Ah ! c’est vous qui avez déposé ce projet, je l’ai transmis aux affaires culturelles. » Il ajouta quelques mots avant de partir. Il croyait comprendre pourquoi Le Sieur et Guionnet sont potes : tous deux sont cinglés.

Il est vrai qu’enfant Le Sieur fut victime d’une méningite, d’où résulte sa mémoire lacunaire. Appliqué et observateur, il fut imprimeur avant de devenir photographe d’art. Pour lui, papyrus, parchemin, papier n’ont pas de mystère, pas plus que les ronds de sorcière dans la forêt de Meudon, ou ailleurs. Santini l’appelle Le Voyageur, car il est allé aux Indes dans sa jeunesse, d’où il a rapporté de merveilleuses cartes exposées au Musée français de la carte à jouer. Les responsables du musée ne lui ont sans doute pas donné un radis, mais l’autorisent à visiter leur édifice gratuitement. Dispute a stanpandant éclaté entre Le Sieur et Guionnet, au buffet. Guionnet a tranché : « J’ons dit sabba ! » Le Sieur a répliqué : « J’écris sabat ! »

Histoire de fous selon Santini. Mais les fous ont gagné au moins deux fois : la bataille du téléphérique et celle de l’immeuble de six étages dont la construction était prévue sur la butte, quel sacrilège ! L’édifice ne comptera que trois étages, hauteur acceptable.

Pendant que la foule des bobos monte assister à l’exposition enfantine à l’étage, les comparses vont à la galerie historique. Tout est faux, selon Guionnet. Le plan de la ville de 1740, comme celui de 1870, etc. Le Sieur pose de bonnes questions. Il remarque que château et domaine des princes de Conty s’étendaient sur 1,4 kilomètre de long et « 600 » mètres de large, mais il se demande jusqu’où il allait. Pour Guionnet c’est clair, avant le Bas-Meudon, avant les Épinettes, à cause des carrières à ciel ouvert de calcaire grossier et de craie sur le coteau. Guionnet emploie uniquement les noms des rues du dix-huitième siècle. Le Sieur le prie de les traduire de temps en temps. Il a raison.

Mais il est nul en géographie, sans doute séquelle de sa méningite. Signe de l’inégalité des races. Quand vous situez l’espace par rapport aux points cardinals, Germain et Magyar comprennent généralement, mais moins le François. Le Sieur est de race parisoise depuis plus de trois générations, résultat, il est incapable de lire carte comme le géographe. Sur le terrain, en revanche, il est observateur.

Tous deux s’accordent sur le fait que l’expo’ dite historique est travail de sagouin, mais pas pour les mêmes raisons ; quand un bougre proche de la quarantaine vient se mêler à la conversation. Il habita près de quinze ans Clamart, puis Boulogne brièvement, enfin Bas-Issy, où il acheta appartement. Sur le contrat était indiqué qu’il se trouvait en zone inondable, sage précaution. Maintenant le gars habite Corentin Celton (nom bretok), il est navré de voir des duplex construits par Bouygues, pote du despote, en zone inondable. Toutefois le quidam et Le Sieur jasent de crues, pas d’inondations, ce qui indispose l’historien, qui gaze des inondations centennales, dont plusieurs éléments donnent à penser que la prochaine devrait se produire sous peu.

Peut-être en partie à tort, car peu de gens connaissent le mot centennal, mais il se comprend dans le contexte. Surtout que Le Sieur est intelligent en dépit de ses problèmes d’orientation ; le quidam aussi, au cheveu noir un peu bouclé qui suggère qu’il a peut-être sang juif. (Il lui a suffi de quelques secondes pour comprendre qui est le despote.)

En tout cas Alain Lévy, maire-adjoint délégué à la culture d’Issy, est juif. Vraisemblablement arabe, mais peu importe, car c’est le tyran qui décidera de la construction ou non du premier temple magique dans l’histoire des temps modernes, au Fort d’Issy.

Le Sieur a tilté sur le temple magique, mais c’était trop long de lui expliquer ce que le projet signifie. Guionnet lui a seulement dit « sur le modèle d’il y a cinq mille ans, avec copies conformes ». Car on n’explique pas la magie en quelques mots. Elle se découvre lentement, au terme d’un long chemin initiatique.

(Tous les noms sont exacts. Les gens de la butte avançant à visage découvert, suivant leur tradition.)

11 décembre, 14h30, les conditions sont réunies pour passer à l’offensive, parmi lesquelles la poignée de main de Santini. Pour sortir simple feuille commençant par tirer à boulets rouges sur le projet du despote de construire trois tours en bord de Seine, « sans hauteur limite », pour l’instant estimées entre 165 et 190 mètres de haut, en zone inondable, à une altitude au sol de 30 mètres. Ce projet fou est celui d’un despote rêvant de vaincre la nature. Bien sûr les langues se délient ici et là, mais il s’agit de concentrer le propos sur les faits essentiels. Quelques paragraphes devraient suffire.

Ensuite quelques mots d’histoire, sur le rêve insensé de Santini d’avoir destin comparable à celui du cardinal Hercule de Fleury, qui gouverna   la France pendant plus de dix ans à Issy. Occasion d’évoquer Voltaire, qui écrivit en partie ses œuvres historiques à Issy, ce que les historiographes du tyran occultent. Ils ne parlent pas non plus de l’influence de Port-Royal, manifeste dans la « Harangue des habitans de la paroisse d’Issy », ou encore dans la vie des princes de Conty. Or qui raye le passé compromet l’avenir.

Suivraient quelques mots sur le projet de construction du temple magique, incompatible avec l’érection des tours, car le temple doit se trouver a un des endroits les plus élevés de la ville. En l’occurrence à 90 mètres d’altitude. Il ne saurait en aucun cas être surplombé par trois horribles tours de près de 200 mètres de haut, conçues sur le modèle pyramidal. Parmi les 11 000 emplois prévus, grand nombre sera occupés par des gardes et des surveillants, car tout sera filmé et enregistré en permanence, à l’intérieur comme à l’extérieur des bâtiments.

Scorpion Santini se prend pour Moïse face à l’eau de la Seine et de la nappe phréatique. Il rencontre certes quelque résistance, mais en ordre dispersé. Au point qu’engourdissement et indifférence risquent de l’emporter, et que Guionnet hésite à monter au feu. À chaque fois qu’il l’a fait, d’autres en ont profité. C’est Szabó qui a été récompensée dans l’affaire du téléphérique, qui n’est qu’à moitié résolue, car comment le quartier du Fort va-t-il être correctement desservi par les transports en commun ?

Avant de partir à l’assaut, Guionnet ferait bien d’achever son étude de la Harangue. À ce sujet, le titre de l’éventuelle feuille est trouvé. Ce serait « Harangue des gens d’Issy ». Mais il est dangereux d’écrire un libelle, vous vous faites des ennemis que vous ne connaissez pas. Remarquez, certains sont identifiés, comme le groupe Bouygues ; mais il prospère assez comme ça à Issy, tandis que ses chefs ne pleureront pas pour une ou deux tours, pour lesquelles Santini leur offrira compensations. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’abandonner le projet, mais de le revoir énormément à la baisse.

Pilé avait du talent. Certains de ses vers sont magnifiques, il était souple d’esprit, mais son discours est en même temps inquisitorial. Les remontrances qu’il fait aux jésuites sont justifiées, mais il s’agit raison garder, sans s’acharner sur un homme à terre. Car si la harangue fut écrite après le bannissement des jésuites, comme c’est possible, alors Pilé ne prend plus le parti du persécuté mais du persécuteur. C’est à l’archevêque de Paris ses années 1770 qu’il aurait dit « vous avez assez de lumière », autrement dit franc-maçon, ce qui est possible, vu que curés, abbés et prélats grouillaient dans les ateliers de la Veuve à ce moment-là. C’est peut-être vérifiable par des recherches au Fonds maçonnique de la BN, aux Archives nationales, voire dans les publications anti-maçonniques sous l’Occupation, beaucoup plus sans doute qu’à l’Archevêché de Paris, à structure bureaucratique très rigide.

Exemple de recherche ne rapportant pas un sou à l’historien, ce cinglé, selon Scorpion Santini, car il faut être fol pour persister à écrire l’histoire. Mais c’est seul moyen de défense qui subsiste. De telle sorte que si la feuille volante voit jamais le jour, elle sera signée au fer à droite L’historien. En jargon, on disoit historian, comme en rosbif, mais l’historien ne pourra pas s’empêcher d’employer mots de jargon s’il publie feuille. Quelques mots d’argot aussi, pour faire bonne mesure (jamais traduits, dans un cas comme dans l’autre). Y compris sous forme de chansons, comme celle-ci :

En la grand vergne d’Issy

Santini est bien nourri,

Mais ya des miséreux

Qui ont le ventre creux,

Comme les gars de la butte

Qui préparent la culbute

De l’empereur. Vive le son !

Vive le grondement du canon.

Truchons sur le toutime

Ainsi viendra l’estime.

Dansons la santignole

Avant de boire la gnole.

Le kapo à la culture du despote Alain Lévy observera que le nombre de pieds n’est pas toujours identique. Beaucoup ont six pieds, quatre sept. Mais c’est fait exprès, pour plaire au santinoque. Comme Fleury, Santini, membre d’honneur de la LICRA, se prend pour un sage de Sion (6 étant chiffre chaldéen, 7 juif). À sa mort, les portes de la sacrée Sion lui seront ouvertes, comme pour Fleury, s’imagine-t-il. Le p’tit juif Lévy n’a pas à se mêler à l’affaire.

Une première décision sur les trois tours de Babel est attendue d’ici un mois. Le parti du Vatican (Modem) a déposé contre-projet, ne comptant qu’une tour de 110 mètres de haut. En zone inondable, mais les centristes ne s’arrêtent pas à ce détail. Voilà ce qui arrive quand on se trouve au centre, coincé entre l’enclume et le marteau.

(C’est seulement mardi 20 décembre que Google relaye ce papier dans ses alertes. Forcément, si ce qui est dit est vrai, on quitte le terrain du petit journalisme. Aussi fallait-il que Google s’en assurât, tout en informant les sages de Sion. Pourtant c’est entre goys que les menaces fusent. C’est Fleury qui est accusé d’être sage de Sion pour l’instant, il n’y a là rien que de très ticouniste.)

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