Alain Guionnet – Journal Revision

4 décembre 2011

VOLTAIRE ET FLEURY

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 21:29

Désolé de délaisser les anecdotes révisotes, qui ne présentent guère d’intérêt, la cause étant entendue depuis longtemps. Mieux vaut s’intéresser aux histoires de Louis XV, d’Hercule de Fleury et de Voltaire, en commençant par citer passage capital de Voltaire à ce sujet, tiré de Supplément au siècle de Louis XIV, par Voltaire, in Œuvres historiques de Voltaire (La Pléiade, 1957, pp. 1242-1243). Le titre est de nous.

_____________________________________________________

Face à la critique

Le critique me reproche d’affecter sur d’autres points de citer des autorités respectables, entre autres celle du cardinal de Fleury, comme si j’étais un jeune homme ébloui de la grandeur. La familiarité avec les puissants de ce monde est une vanité, et il faut être bien faible pour en faire gloire.

Vous dites, pour infirmer le témoignage du cardinal de Fleury, qu’il ne m’aimait pas. Cela peut être ; aussi n’ai-je point dit qu’il m’aimait. J’aurais plus volontiers fait ma cour au savant abbé de Fleury qu’à l’heureux cardinal de Fleury ; mais je suis obligé d’avouer que lorsqu’il sut que je travaillais, je ne dirai pas à l’histoire de Louis XIV, mais au tableau de son siècle, il me fit venir quelquefois à Issy pour m’apprendre, disait-il, des anecdotes. Ce fut lui et lui seul dont je tins que M. de Bâville, intendant du Languedoc, avait été le principal instigateur de la révocation de l’édit de Nantes. Il le savait bien : c’était à M. de Bâville qu’il devait sa fortune. Ce fut lui qui un jour me montra à Versailles, au bout de son appartement, la place où le roi avait épousé Mme de Maintenon. Ce fut lui qui me dit que le chevalier de Forbin n’avait point été témoin du mariage, quoi qu’en dise l’abbé de Choisy, dont les Mémoires sont aussi peu sûrs en bien des endroits qu’ils sont négligemment écrits. En effet, M. de Forbin, homme de mer, n’étant point attaché intimement au roi, n’était pas fait pour être témoin d’une cérémonie si secrète. Cet emploi ne pouvait être que le partage d’anciens domestiques affidés.

Je demandai au cardinal si Louis XIV était instruit de sa religion, pour laquelle il avait toujours montré un si grand zèle. Il me répondit ces propres mots : « Il avait la foi du charbonnier. » Du reste, il ne me dit guère que des particularités qui le concernaient lui-même, et qui étaient peu de chose. Il me parlait sans cesse d’un procès qu’il avait eu avec les jésuites, étant évêque de Fréjus, et de la peine extrême que cette petite querelle avait faite à Louis XIV. Il avait la faiblesse de croire que ces bagatelles pouvaient entrer dans l’histoire du siècle ; il n’est pas le seul qui ait eu cette faiblesse. Une chose plus digne de la postérité, c’est que dans ces entretiens le cardinal de Fleury convint que la constitution d’Angleterre était admirable. Il me semble qu’il est beau à un cardinal, à un premier ministre de France, d’avoir fait cet aveu. Il ajouta que c’était une machine compliquée, aisée à déranger, et sujette à bien des abus. Je lui répondis que les abus était attachés à la nature humaine, mais que les lois n’avaient nulle part rendu la nature humaine plus respectable. Il me dit qu’il avait toujours eu l’ascendant sur le ministre anglais. Il avait grande raison : il avait fait alors la guerre et la paix sans l’intervention de ce ministre. « Walpole croyait me gouverner, disait-il, et il me semble que je l’ai gouverné. » Un La Beaumelle pourra avancer que cela n’est pas vrai ; et moi je le rapporte parce que cela est vrai.

J’allais après ces entretiens écrire chez Barjeac ce que son maître m’avait dit de plus important ; et je ne faisais pas plus ma cour à Barjeac qu’à son maître, pour ne pas augmenter la foule. Encore une fois, je n’étais pas le favori du cardinal, bien que j’eusse longtemps été admis dans sa société avant qu’il fût premier ministre ; ou plutôt parce que j’y avais été admis, et que ma franchise n’est guère faite pour plaire à des hommes puissants. Mais apprenez de moi ce que doit un historien à la vérité, et le seul mérite de mon ouvrage. Je n’aimais pas plus le cardinal qu’il ne m’aimait ; cependant j’ai parlé de lui dans le tableau de l’Europe, à la fin du Siècle de Louis XIV, comme s’il m’avait comblé de bienfaits. Quand l’historien parle, l’homme doit se taire. L’éloge que j’ai faite de ce ministre ne m’a rien coûté ; et si Trajan m’avait persécuté, je dirais que Trajan a tort, mais qu’il est un grand homme.

Voltaire

___________________________________________________

Voilà l’explication des louanges faites à Fleury par Voltaire, dont Historim n’a cité qu’un extrait. Tiré du Précis du siècle de Louis XV en l’occurrence, pas du Siècle de Louis XIV, comme indiqué dans « Bataille de Fleury ». L’historien, comme Voltaire se définit, a besoin d’informations fiables, si rares depuis que les plumitifs, comme les puissants, se complaisent dans le mensonge et la facilité. Pour les trouver, il va les chercher là où elles se trouvent. Rarement dans la presse ou dans le livre, auprès des savants, sans se soucier de leur opinion. Une condition s’impose cependant : que l’historien reproduise fidèlement les propos qu’il a entendus, sans les dénaturer.

 Voltaire nous indique la façon dont il s’y prenait. Sitôt après s’être entretenu avec le cardinal à Issy, il allait chez Barjeac écrire ce que son maître lui avait dit de plus important, sans se laisser distraire, sans courtiser Barjeac, ni bavarder avec la foule. C’est donc ainsi que Voltaire transcrivit à Issy des informations importants qui se trouvent dans ses œuvres. Ensuite, quand l’historien parle, l’homme (ou la tête noire) doit se taire.

Mais ce tableau serait incomplet si on omettait d’autres observations de Voltaire sur le cardinal. Dans Le siècle de Louis XIV (op. cit. 1085), il dit que « le cardinal de Fleury eut une autre sorte de folie, celle de croire ces pieux énergumènes dangereux à l’État », en faisant condamner le janséniste Jean Soanen, évêque d’un village âgé de 80 ans. Dont acte, Fleury eut au moins un autre coup de folie. Il intrigua aussi pour faire exclure Montesquieu de l’Académie française, qui y avait admis à la suite de ses Lettres persanes. Mais « la liberté avec laquelle il [Montesquieu] parle du gouvernement, et des abus de la religion, lui attira une exclusion de la part du cardinal Fleury » (1187). Le prélat joua aussi rôle important pour faire exclure Saint-Pierre, abbé de Castel, « unanimement » de l’Académie française (1203). On trouve aussi cette remarque sarcastique de Voltaire : « le cardinal Hercule de Fleury, qui n’a rien de commun avec l’Hercule de la Fable » (1219).

Que voulait dire Voltaire quand il parlait du coup de folie de Fleury dans l’affaire Soanen ? Qu’il ne savait pas ce qu’elle cachait ? Soanen a bien connu Fleury quand il officiait à Fréjus, à quelques dizaines de kilomètres de Senez. En s’acharnant sur Soanen, Fleury voulait éliminer un témoin gênant de son manque de ferveur pour la cause jésuitique quand il était évêque de Fréjus. Ce dont Voltaire avait sans doute conscience, mais il ne voulait pas en parler expressément. Il se contenait d’attirer l’attention du lecteur en parlant de coup de folie, ensuite tout déroule, il suffit de lire ce que Soanen a dit de Fleury, pour savoir que le futur cardinal n’était pas contemplatif et que ses prises de position étaient mitigées. Il n’appartenait à aucun camp, ou bien à plusieurs à la fois

Intéressante observation se trouve dans Précis du siècle de Louis XV. Après que la porte du roi de l’appartement où il tenait son petit conseil lui fut fermée, « Fleury, incertain si le roi n’était pas du complot, prit incontinent la décision de se retirer au village d’Issy, entre Paris et Versailles, dans une petite maison de campagne appartement à un séminaire. C’était là son refuge quand il était mécontent ou feignait de l’être » (1317). Or l’action se déroule en 1726, avant que Fleury éliminât son rival, le précédent premier ministre de Louis XV, qu’il devînt de fait premier ministre avant d’obtenir sa barrette de cardinal, qu’il « reçut avec la même simplicité qu’il avait reçu la place de premier ministre » (1319). Ainsi Fleury serait venu se réfugier dans une maison de campagne appartenant au séminaire longtemps avant qu’il achevât la construction de l’aile du bâtiment qui lui fut réservée en 1731. On cerne mieux le personnage à présent : Fleury avait la « modestie d’un ambitieux » (1321 n).

D’un savant ambitieux ? Mais le savant a toutes les raisons du monde pour être ambitieux. Sauf que Hercule de Fleury était parfois atteint de coups de folie. Cet intrigant était en outre paranoïaque et machiavélique, traits de caractère allant souvent de pair. Voilà ce qui se passait sous Louis XV, quand la France était encore en grande partie pure de juifs. Quand le pays souffrait d’abus et de corruption propres à la nature humaine selon Voltaire et Pascal.

3 commentaires »

  1. Voltaire, Pascal, ils ont du style, du verbe, mais en réalité Pascal dans les Provinciales ne faire que des citations sorties de leur contexte et il fait d’un cas particuliers une généralité.

    Pour la Compagnie de Jésus avec l’abbé Barruel on voit bien où est le problème.

    (Vous avez toujours des problèmes avec le français. Je prends la peine de vous corriger car vous soulevez parfois de bonnes questions. Après le bannissement des jésuites de France et d’une grande partie d’Europe, la société de Jésus continua d’exister principalement grâce à Catherine II de Russie. De telle sorte que son rit n’eut pas à être reconstitué de toutes pièces en 1814. Le livre-clé de Barruel est celui d’un casuiste. Il inverse cause et effet. Bien sûr que juifs et francs-maçons profitèrent de la révolution, mais ils n’en sont pas les instigateurs. En revanche les jésuites portent une lourde responsabilité dans le déclenchement de la révolution, avec leurs abus de pouvoir et leurs coups de folie comme dit Voltaire. En ce qui concerne Pascal, ses premières lettres sont excellentes et les réponses qui lui furent données par les molinistes souvent minables. Ensuite Pascal a interrompu ses lettres pour des raisons obscures. Suivit sa mort à l’âge de 39 ans et la publication de ses Pensées après sa mort. Ce qui pose un problème, car qui les a sélectionnées ? Je commence sérieusement à étudier les Provinciales à la fin de la semaine. Pour l’instant j’examine le brûlot janséniste des gens d’Issy, corrigé et annoté par l’auteur après 1772, autrement dit après l’extermination des jésuites ordonnée par le pape, NDLR.)

    Commentaire par Duparc — 5 décembre 2011 @ 17:07 | Réponse

  2. Reconnaissons à Alain Guionnet un unique talent, finalement assez rare et très apprécié des nazillons de tous poils et plumes qui jamais ne savent comment s’acquitter d’un honnête résumé : en quelques mots, certes ridicules, il est toutefois parvenu à extraire la substance la plus secrète de son premier et, espérons-le, dernier fantasme. Ainsi, par les mots mêmes que Le Guern a écrits, nous pouvons supposer, et nous n’avons pas tort, que son journal « Revision » est une ode navrante à la bibine et à la baise non point désespérée mais grotesque, une errance lorgnant vers l’À vau-l’eau et ne parvenant qu’à s’encalminer dans la maigre flache de situations minables, une venelle peu ventée sur les murs de laquelle ont été tagués quelques dialogues risibles, peinturlurés des personnages aussi convenus qu’un tableau du Douanier Rousseau, l’ensemble de son décor miteux étant assemblé à la va-vite avec un style, mon Dieu, ne faut-il pas craindre d’employer ce grand mot !, avec un style qui semble avoir été produit par quelque lapin de laboratoire saturé de piquette auquel on aurait greffé, sur les bourses plutôt que sur le cerveau mis à vif, un clavier composé de cinq lettres clignotantes.

    Le révisionnisme d’Alain Guionnet ne lui est qu’un cuirassage névrotique devant un Œdipe non résolu.

    (Il est content le Cormary, il n’est pas censuré ! Sa littérature est pourtant bric-à-brac. Encalminé le Guionnet ? Oui, bien sûr, c’était prévu. Or, quand le vent ne souffle pas, il s’agit d’équiper son navire. Il n’y a alors généralement pas de flache, creux comme on dit en jargon. Il est aussi hors de question d’aller à vau-l’eau quand on pose son ancre dans une crique dans l’attente de prendre la mer. Au point que tout est faux dans ce que vous dites. Sans parler de la venelle qui n’a rien à voir, ni de Douanier Rousseau dont l’art naïf est appréciable. Seulement Rousseau a vécu au dix-neuvième siècle, alors que Guionnet n’y est pas du tout. En ce moment, il vit aux dix-septième et dix-huitième siècles, en tournant son regard vers l’avenir, vers la magie. Sinon point de salut. Les temps modernes ennuient Guionnet, le dix-neuvième siècle comme le vingtième, car il veut aller vite. Il visite en ce moment l’histoire à vitesse fantastique, raison pour laquelle il vient de rester sans boire une goutte d’alcool pendant cinq jours. Résultats, il dort moins, sa queue se lève sans qu’il ait temps de dire ouf ! Alors il se soulage à coups d’onanisme, comme dit le juif. Mais ce n’est pas possible partout, notamment en bibliothèque, où il est chez lui, sauf à celle de l’Alliance israélite universelle. Il sait, par exemple, faire parler les conservateurs, drôle de poivrot ! Et c’est vous qui reprenez le semi-bobard de Fofo sur le révisionniste Kronenbourg, du Herr Professor que n’a jamais vraiment soutenu le nazillon, tandis qu’il existe des nazillons Kronenbourg, je peux en témoigner. Mais vous ne croyez pas ce que vous racontez. Vous dites que mon seul talent est d’avoir talent détestable, merci du compliment. Vous dites que je suis ridicule, qualité pas donnée à tout le monde. Selon vous, ma baisse n’est point désespérée ; cela se dispute, pas et point ne signifiant pas exactement la même chose. Toutefois vous avez tort de dire des peintures de Rousseau qu’elles sont convenues, la naïveté étant au contraire imprévue des Machiavels au petit pied. Ils ne savent pas quoi faire dans ce genre de situation. Hercule de Fleury demandait à parler à Voltaire, qu’il n’aimait pas. André Santini aimât, il n’y a pas si longtemps, jaser avec Guionnet, qui n’a pas voulu. Vendredi, il y aura rencontre entre le monstre Santini, ceinture noire de karaté, d’un niveau comparable à celui qu’il a en nippon, et Guionnet, 100 kilos, qui parle hussard, près de quinze ans plus jeune. Que pensez-vous qu’il se passera ? Je vais vous dire. Santini ordonnera à ses gorilles de ne pas intervenir, car il est persuadé ne courir aucun danger. Même si Guionnet l’insulte, ce qui arrive parfois. Cependant le despote ne juge pas l’Issisois ridicule. Il sait, lui aussi, qu’il s’agit de respecter l’ennemi. Mais j’en ai trop dit, j’vas r’tourner à ma passion, ou passerelle, la Harangue des habitans d’Issy, en jargon s’il vous plaît, NDLR.)

    Commentaire par Pierre Cormary — 7 décembre 2011 @ 17:40 | Réponse

  3. Le ventre est encore fait con dont Issy la bête immonde : comme me voilà virulemment vilipendé par l’ignoble révisionniste ississois Alain Guionnet ! C’est donc avec un immense respect et beaucoup de crainte et de tremblements à l’endroit d’un écrivain aussi lucide que modeste sur son propre cas visiblement clinique que je vous fais figurer dans la colonne GAUCHE de mon blog (http://pierrecormary.clanteam.com — je le précise non par gloriole mais parce que des trolls nazis ont piraté mon blog originel, et qu’en attendant de pouvoir en reprendre le contrôle (ce que je négocie avec « Hautetfort ») j’écris donc désormais sur celui-ci. Dans cette affaire gardons la tête froide et soyons dignes, ce n’est pas donné à tous).

    (Je suppose qu’ississoi est coquille volontaire, icelui étant double SS selon vous, mais on écrit issisois ; à ne pas confondre avec issyquois, NDLR.)

    Commentaire par Pierre Cormary — 8 décembre 2011 @ 09:14 | Réponse


RSS feed for comments on this post.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :