Alain Guionnet – Journal Revision

1 décembre 2011

CARDINAL FLEURY

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 19:07

De 1728 à 1743 la France fut dirigée à Issy par le cardinal Fleury. Sa néfaste politique fut dénoncée par le vicaire Denis Pilé dans son manuscrit « Harangue des gens d’Issy à M. l’archevêque de Paris ». Quiconque en douterait est invité à lire ce qu’écrit sur le cardinal Fleury Augustin Gazier, professeur à la Sorbonne, dans son Histoire générale du jansénisme (Paris 1922), tome second, p. 2-4 :

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À dater de 1726, et durant les dix-sept années qui suivirent, la France fut gouvernée par un évêque, le cardinal Fleury (1653-1743), qui exerça sans en avoir le titre les fonctions de premier ministre, et qui sous une apparence débonnaire fut un despote. Quarante mille lettres de cachet expédiées sous son ministère montrent le cas qu’il faisait de la liberté individuelle. Ancien évêque de Fréjus et nommé par Louis XIV précepteur de Louis XV, Fleury avait soixante-treize ans quand il remplaça en 1726 le duc de Bourbon disgracié. Il adopta la politique religieuse du Régent, et fit de l’acceptation de la Bulle Unigenitus une question de principe et une affaire d’État. Ce n’était pas le fanatisme qui le faisait agir, car il avait dans sa jeunesse contresigné la déclaration de 1682, et, comme évêque de Fréjus, il avait dans ses instructions pastorales établi formellement les dogmes augustiniens de la Grâce efficace par elle-même et de la Prédestination gratuite. Il jugeait très sévèrement la Bulle de Clément XI, et néanmoins il s’employa dix-sept années durant à la faire reconnaître comme loi de l’Église et comme loi de l’État. Tous les actes de rigueur contre les Parlements, contre les évêques appelants et contre les ordres religieux ont été inspirés par lui ; il a persécuté Soanem, Colbert, Caylus, Noailles même, et une infinité d’autres ; il a avili la Sorbonne et désorganisé l’Université ; enfin il a nommé un certain nombre d’évêques fanatiques et intolérants, tels que Charancy, Condorcet, Poncet de la Rivière, Hérelle de Montmorin, qui ont inauguré peu de temps après sa mort le régime odieux des billets de confession et les refus de sacrements. Il a beaucoup contribué à la capitulation finale du chancelier Daguesseau, et néanmoins il a été jugé très sévèrement par l’avocat général Daguesseau de Plimont, un des fils du chancelier dans ses Mémoires inédits. L’auteur de ces Mémoires parle des injures et des violences de Fleury, de ses sentiments de jalousie, de haine, de vengeance : il l’accuse d’avoir donné à la France victorieuse en 1738 « une paix honteuse et misérable ». Il dit enfin que l’on amusait la vieillesse du cardinal du récit des persécutions faites aux jansénistes, que ses flatteurs lui décernaient les titres de pacificateur de l’univers et de prochain pacificateur de la religion. « Que doit-on attendre, ajoute-t-il, d’un vieillard soupçonneux, violent pas faiblesse, et qui suit les passions d’une armée de prestolets furieux ? » La conclusion de Daguesseau de Plimont était que la guerre religieuse entreprise par Fleury serait « le déshonneur du règne de Louis XV ». L’histoire ne va pas aussi loin ; elle sait gré au cardinal Fleury du bien qu’il a fait en remettant un peu d’ordre dans nos finances, mais elle reconnaît que sa politique religieuse, tracassière et violente, a eu des résultats désastreux.

Augustin  Gazier

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Les propos de l’universitaire janséniste sont ceux d’un polémiste. Les 40 000 lettres de cachet attribuées à Fleury n’ont pas existé. Gazier y associe les sanctions disciplinaires prises dans l’Église. De même le Régent fit libérer de nombreux mal-pensants, en particulier jansénistes, après la mort de Louis XIV. C’est donc sur Louis XV que son ancien précepteur exerça sa sinistre influence.

En revanche c’est vrai que Fleury fut ministre d’État de Louis XV, même s’il exerça les fonctions de premier ministre, d’où les nombreuses confusions des prétendus historiens à ce sujet. Les observations de Gazier sur les prises de position de Fleury dans sa jeunesse sont elles aussi fiables (elles viennent de la bibliothèque de la Société de Port-Royal). Celles tirées des Mémoires de Daguesseau de Plimont sans doute aussi. En tout cas elles concordent avec ce que dirent les gens d’Issy dans leur magnifique Harangue.

Point d’histoire

De nombreux livres ont paru récemment sur le jansénisme, entre autres parce que c’est sujet d’agrégation. Mais les « historiens » sont aveugles, ils étudient le sujet qui leur est assigné sans se préoccuper de ce qu’il y a à côté. Ainsi le combat eut lieu à Issy de 1728 à 1743, mais Port-Royal ne s’en aperçoit pas, tandis que les historiographes de Santini ignorent l’importance du conflit ayant opposé Port-Royal au jésuite au dix-huitième siècle dans l’histoire d’Issy, qui était celle de France.

Difficile de remédier à ce problème, le goy étant né avec des œillères. Nous parlons de Port-Royal, car le mot janséniste fut donné à leurs ennemis par les jésuites. Comment les appeler autrement ? Port-royalistes ou port-régaliens ? Mais ces mots sont tordus. Traditionalistes ? Oui, d’une certaine manière. Mais à ce moment-là les jésuites seraient révisionnistes. Ce qui complique les choses. Personne ne s’y retrouve, surtout que Pascal a fait œuvre révisote dans les Provinciales.

Remarquez, c’est pareil maintenant. Les sionistes sont révisos et combattus par des révisos. Sans oublier les sources françaises dont s’est inspiré l’auteur du Protocole des sages de Sion. Il a repris le modèle de l’organisation de la Compagnie de Jésus, avec son roi qui ne décide rien, contrairement à son général, commandeur du conseil de l’ordre. En même temps que celui du cardinal Fleury, que ses « prestolets » appelaient « pacificateur de l’univers » et « prochain pacificateur de la religion ». D’où proviennent Alliance israélite universelle et mosaïsme, pacificateur de la religion en Protocole des sages de Sion.

Même discours en Protocole, où il est question de « conquête pacifique de l’univers », qui s’appuie sur son mosaïsme, « prochain pacificateur de la religion ». Avec le mot jésuitique prochain, que Pascal ne comprenait point, qui correspond au messianisme juif. Car Protocole des sages de Sion, sans doute écrit à Paris en 1899, s’inspire de Maurice Joly, de sources juives, mais aussi jésuitiques et de la politique du cardinal Fleury.

De nombreux lecteurs ont songé ces dernières semaines que le site s’intéressait à l’histoire d’Issy parce que Guionnet est narcissique, quels idiots ! Blanrue est particulièrement minable, car il a porté coup bas à Guionnet dans la signature de ses deux derniers messages, ce que Guillotine n’a jamais fait vis-à-vis de lui. Que le charbon le dévore !

Pour les étudiants d’agrég’, dont une gueuse se trouvait à Société de Port-Royal cet après-midi, qu’ils lisent le site ! qu’il ne faudra surtout pas citer au concours, surtout en Sorbonne. Ils y trouveront du maous-costaud, l’histoire n’ayant de sens que si on s’affranchit du modèle pyramidal dominant.

Évoquons sources issisoises sur Fleury que des vieux port-royalistes ignorent, outre les fidèles de Noyon ainsi que des Hollandois. Même les sulpiciens avaient peu d’estime pour la vieille crapule Fleury — dont Santini est presque copie conforme.

Fleury bis

Personne n’est tendre avec Fleury, y compris le sulpicien Boisard, supérieur général de la Compagnie de Saint-Sulpice, qui a décrit (sans date) dans La compagnie de Saint-Sulpice — Trois siècles d’histoire l’inquiétude des religieux devant la perspective de recevoir Fleury, « créé » cardinal en 1726. Les religieux ne purent s’y opposer : « malgré toutes les représentations qu’on s’efforça de faire au Cardinal-Ministre, M. Le Peletier fut forcé de céder aux instances de Son Éminence ».

C’est en vain que l’ordre « ne se résigna pas à agrandir la maison ». M. Lechassier « craignait le voisinage des Grands, les relations avec la Cour ; le fléchissement de la discipline, et l’attiédissement de la ferveur devaient, selon lui, s’ensuivre » (102). Puis les contributions du cardinal commencèrent à affluer en 1728, pour l’église Notre-Dame de Lorette notamment. Impossible de résister au cardinal. « Issy sera donc, pendant plus de dix ans, comme le centre politique et diplomatique de la France. Ministres, Ambassadeurs, sans parler du Roi lui-même et des membres de la Famille Royale y viendront visiter le Cardinal. Et leur pérsence “modernisera” le Séminaire et les Séminaristes, en même temps qu’elle rendra plus difficile encore l’œuvre, en tout temps délicate et ardue, de formation sacerdotale » (103).

C’est clair, des séminaristes furent dévoyés, ou « modernisés » par Fleury. Ils participèrent à des orgies en compagnie de jésuites à la morale moliniste, souple en la matière. Ce ne sont pas des Issisois qui le disent, mais Boisard, supérieur général de la compagnie sulpicienne.

Pourtant la société était présumée moliniste, si on en juge par le refus d’absolution d’un noble janséniste survenu peu de temps avant que Pascal écrivît les Provinciales. Mais les molinians étaient bidons, ils avaient sentiments tout contraires les uns les autres. (C’est par erreur que Guionnet a récemment parlé des molineans au lieu des molinians.)

Comme les judéocideurs actuellement, qui tremblent devant la vérité et qui se réjouissent d’avoir en face d’eux le casuiste Robert Faurisson, qui parle comme eux.

Mais il y a anguille sous roche. Les cuistres jésuites, faurissoniens ou blanruesois ne l’emporteront pas au paradis, avec leur grâce à géométrie variable. Ils adorent tous Fleury, nous pas.

L’alliance magico-janséniste va prendre forme. Le mage n’est d’accord avec Port-Royal sur rien, sauf que les deux camps adorent la langue vulgaire. Les deux partis ont quasiment disparu, mais si le mage s’allie au port-royaliste, alors tout peut changer. Le mage sort de Fleury-Mérogis, le janséniste mange du Fleury-Michon. Entre les deux y a moyen de s’entendre pour courir sus au cardinal Fleury et à André Santini, son alter ego.

Un commentaire »

  1. Fleury était également un spécialiste reconnu du saucissonnage ; il a d’ailleurs laissé une empreinte quasi indélébile à Pouzauges (Vendée), en s’associant avec Michon, un péquenot du lieu, qui élevait des cochons.

    (Au passage, voilà le niveau, NDLR.)

    Commentaire par TAMMKOAT — 12 décembre 2011 @ 13:22 | Réponse


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