Alain Guionnet – Journal Revision

30 novembre 2011

FAUTE À VOLTAIRE

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 14:53

Voltaire provoque toujours de graves conflits. Paul-Éric Blanrue dit Blanbec a sorti Voltaire de sa fouille dans son sketch avec Simon Kreuzfeld et Gnieudonné. Guillotine a hésité avant de trancher. Il était sûr que cette citation était fausse, bien qu’il crût connaître les envolées de Voltaire, qui n’était pas diplomate.

Et voilà que Blanbec se réjouit. Ça y est, j’ai gagné se dit-il, j’ai vaincu Aigle Noir. Il publie sur son site la couverture des OEuvres complètes de Voltaire, tome quarante-unième paru en 1785. Puis la citation disputée, qu’il devient possible de situer dans son contexte grâce à la phrase du philosophe qui précède : « De-là vient que les médailles juives sont si rares, & presque toutes fausses. » Soudain on comprend mieux, Voltaire étant réputé s’être plusieurs fois fait arnaquer par des juifs.

On comprend mieux aussi en voyant que la citation conclut la section « Juifs ». Autrement dit Voltaire récapitule ce qu’il a dit. Il a expliqué pourquoi le juif est barbare, en quoi il est ignorant, etc. D’où sa phrase virulente suivie de sa ritournelle en italique : « Enfin vous ne trouverez en eux qu’un peuple ignorant & barbare, qui joint depuis long-temps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, & à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les tolèrent & qui les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler. »

Or ce n’est pas ce qu’a dit Blanbec dans le sketch, où il n’a pas cité cet ouvrage mais L’esprit de M. de Voltaire par Claude Valluret (1759). Écoutez bien ça, comme dit Kreuzfeld : Valluret, consciencieusement lu par Blanbec, a écrit « qui les toléreront & qui les enrichissent ». C’est là interprétation d’un partisan de Voltaire, qui joue au prophète avec son futur absurde. C’est cet élément qui nous a convaincu que cette citation est fausse. D’ailleurs la ponctuation de Voltaire et celle de notre transcription sont identiques, sauf à cet endroit, où nous avons écrit « qui les toléreront, et qui les enrichissent ». Eh oui, Voltaire respectait la concordance des temps, contrairement à Blanbec dans sa prose. Il n’allait pas accoler futur et présent, ce fût faute de raisonnement.

Récapitulons : Blanbec n’a pas tout à fait tort, mais il est coupable. Ce n’est pas après avoir lu la citation fautive de Villaret qu’il aurait dû chercher le texte original, mais avant. Et puis toute citation, hors contexte, a peu de valeur, les propos de Voltaire étant compréhensibles par rapport à ce qu’il dit dans les pages qui précèdent. Il serait en effet idiot de prétendre qu’un peuple ignorant peut être aussi dangereux pour l’espèce humaine.

Blanbec a droit à un deuxième +. Il est maintenant histrion ++. C’était la principale critique qui lui était faite dans « De l’intelligence », à laquelle il a répondu. Les autres amabilités, du genre « kapo bobo », « gros dégueulasse » (dans « Propos sibyllins ») sont anecdotiques.

Jacques Moulin a son idée sur l’affaire. Affolé par la révélation du site, qui met en question sa qualité d’historien, en réalité journaliste d’Historia, Blanbec a paniqué. Raison pour laquelle il répondit hier après-midi « on s’en fout », on signifiant dans ce cas Blanbec et les membres de sa secte, car ils n’avaient pas trouvé d’où sortait cette citation. Ce n’est évidemment pas Blanbec qui possède l’édition des OEuvres complètes de Voltaire parue en 1785. Surtout qu’elle n’est pas reliée, comme à BN, au British Museum, à l’institut Voltaire britannique, sans doute à l’Université libre de Bruxelles. Toutefois sa référence vient sans doute de Bruxelles, de Bricmont en l’occurrence, membre zélé de la secte que Blanbec évoque dans le sketch. Universitaire consciencieux, Bricmont a saisi l’importance de l’enjeu. Et puis nous avions indiqué que la citation est facile à trouver grâce à l’index des noms cités dans les œuvres de Voltaire. Le guide était sûr d’avoir raison, comme Blanbec vient de le démontrer grâce sans doute à Bricmont. Ce qui lui vaut circonstance atténuante.

En même temps cela renforce les thèses antijuives que ne partage pas Blanbec, vulgaire antisioniste, tandis que Revision, qui aime depuis toujours l’antijudaïsme de Voltaire, le juge parfois excessif. Surtout quand ses propos sont tirés de leur contexte, comme à présent. Revision compara autrefois l’antijudaïsme de Voltaire à celui de Shakespeare et Marlowe. Les thèses de Marlowe sont assez mal connues car peu de ses écrits nous sont parvenus, tandis que les conditions de sa mort sont obscures. En revanche vie et œuvre de Shakespeare sont bien connues. Et son antijudaïsme est plus fin que celui de Voltaire, mais il est vrai qu’en France faut être lourd pour se faire entendre. Toutefois lourd ne signifie pas bête, or l’antichémite made in France est soleil de bêtise.

Soleil de bêtise est expression de Moulin. Libre à lui de parler son jargon. La rédaction trouve intéressante son hypothèse, que la DCRI est à même de vérifier. À moins que des gens de la secte zététicienne se mettent à table. Si l’interprétation de Moulin est fondée, personne ne les incriminera. Cela montrera seulement que la qualité du renseignement goy, de lointaine inspiration galoise, monte en puissance.

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