Alain Guionnet – Journal Revision

27 novembre 2011

DE L’INTELLIGENCE

Une heure du mat’, inquiet, Blanbec envoie mail à Guillotine. Il l’invite à voir sketch qu’il a tourné avec Fofo et Dieudo’. Il conclut sa missive par « @++ ». Zut ! Aigle Noir n’a pas droit à trois +, peut-être que Blanbec anticipe. Il songe à la troisième étoile dite A que va perdre la France auprès des instituts de notation censés faire la loi sur les marchés, alors que la chute de la France est anticipée, après que les zimmis Balladur et Charkeuz se furent dépensés sans compter pour plonger l’économie française dans le rouge. Et puis, il y a hostilité entre Blanbec et Guillotine, qui ont autrefois un peu mangé au même râtelier.

Quelques mots sur le sketch, vu et jugé minable hier, car y apparaissent les poncifs de la bande des trois. Revu il y a peu, avec meilleure qualité son, il apparaît autrement. Au départ l’idée était de n’en point parler, tant les propos des trois lascars sont bêtes. Avec un + ou un – bête en ce qui concerne Paul-Éric Blanrue dit Blanbec, considérons les trois personnages en partant du maître de cérémonie Dieudonné dit Gnieudonné.

Gnieudonné est pur antichémite. Un engluchophone pensera qu’il n’a pas honte de son antisémitisme, mais telle n’est pas la signification du mot. Gnieudonné vient de se convertir à la cause du Chaud-ananas plutôt qu’à celle de la Shoahnana. Bien, mais quel retard ! Forcément, il est métis nègre. Invité à le faire par le sournois Fofo, il revient sur son histoire de quenelle et ne parle heureusement pas de sa biquette. Comme s’il commençait à comprendre qu’il peut être drôle en jouant moins à l’idiot. À cette réserve près que la bêtise du comique est pour lui arme capitale, à condition de ne pas en abuser. Personne ne reprochera à l’humoriste sa bêtise, pour peu que les gens intelligents y trouvent grain à moudre. Gnieudonné devrait s’inspirer de Villon et de Pascal plutôt que du marabout de banlieue.

Suit le casuiste Fofo, dit Simon Kreuzfeld, qui porte kippa noire ; casuiste dans le sens donné par Blaise Pascal. Nom idéal pour ne pas traiter Faurisson de Iésuite, bien que son éducation fût jésuitique. On peut le dire aussi moliniste (molinéan en issisois), mais il est supérieur aux molinistes et à la société de Jésus en sa qualité de pape du révisionnisme. Au point qu’il s’imagine jouir de l’infaillibilité pontificale. Quand Revision lui signale une de ses confusions en boche, le casuiste englo-français fâché avec cet idiome n’a qu’à la corriger, personne n’y verra que du feu, mais le pape s’en fiche. Hautain comme Juppé, il est persuadé avoir toujours raison.

Avec sa voix parfois « flûtée », Fofo se croit très malin. Il s’est prétendu athée, ce qu’il n’a jamais été, puis zététicien, alors qu’il méprise le zététicien, car il est persuadé que le fin justifie les moyens. Eh oui, on disait le fin au dix-septième siècle, pas la fin. Vaine subtilité, cette fois maçonnique, qui consista à changer le genre du mot (le fin du fin en témoigne). Si vous dites le fin, comme en italien fino, vous parlez d’une chose précise, définie. Si vous dite la fin, c’est vague, indéfini. Or la société de Jésus fut ordre religieux le plus politique au temps semi-moderne, qui avait un objectif : défendre la monarchie absolue en chassant l’hérétique.

Il n’y eut qu’un seul illustre imitateur de la société de Jésus : l’auteur du Protocole des sages de Sion. Comme le jésuite, il proposa grâce à géométrie variable. Le jésuite avait créé le molinisme qui lui permettait de rassembler gens ayant sentiments tout contraires, tandis que l’auteur du pamphlet antigoy chercha à rassembler les juifs au nom du Talmud. Mais sans le citer, car il risquât de provoquer la zizanie, outre de se démasquer. Il vanta le mosaïsme en revanche, qui a énorme succès auprès des fils de Caïn ; un peu comme le jésuite invoqua Jésus, homme-dieu, en laissant de côté sa crucifixion. Car le jésuite n’avait pas vocation à être martyr, il est plutôt force de coercition.

Comme Fofo, dit Kreuzfeld, qui étale sa casuistique quand il dit voir en Gnieudonné « un pur et simple nègre ». Ce qui est faux, car un juif voit en Gnieudo’ un bretok, vu que c’est la mère qui transmet la race. Autrefois on savait presque toujours qui elle était, contrairement au père. Puis le prétendu Kreuzfeld s’exclame « Mon Dieu ! » expression impensable dans la bouche du juif, sauf sous la pression de gens extérieurs à sa secte.

L’avantage de Kreuzfeld est son talent de compilateur. Il cite Arno Klarsfeld : « Si jamais Israël disparaît, écoutez bien ça, nous tuerons les négationnistes ! » Avant de poursuivre : « Israël est sacré, la Shoah est également sacrée ! » Notez l’amélioration de sa rhétorique. Herr Professor prétendait encore il y a peu que l’Holocauste est religion, ce qui est faux. En revanche le dire sacré est passable, surtout quand tout est désacralisé hormis l’argent. Et puis le chérubin Klarsfeld est goy de race boche. Aussi Klarsfeld ne parle pas au nom de la synagogue, mais plutôt à celui de la synagogue de Satan (Apocalypse 2,9).

Ensuite le casuiste cite Ida Zajdel, qui aurait dit en 1987 : « En fin de compte, tout bien pesé, bon, peut-être que les chambres à gaz n’ont pas existé. Mais, si elles ont existé, c’était uniquement du fait que les nazis, qui ont fabriqué cette calomnie pour tourner les juifs en dérision, et avec l’idée que ce serait une bombe à retardement contre nous autres. » Admirez la casuistique. Tout le monde sait depuis toujours que la chambrette à gaz d’Auschwitz n’a pas existé (le mythe des chambres à gaz repose là-dessus). En 1987, une juivasse l’admettait, comme Pierre-Vidal Naquet implicitement, mais Fofo s’est accroché à ce qui était pour lui alpha et oméga, alors que la page était facile à tourner. Sans chambres à gaz, Hitler a voulu bannir et en grande partie ruiner des juifs d’Europe. Là est seule question, ainsi que les modalités d’exécution du plan, la solution finale de la question juive ayant toujours été inscrite dans le cadre du plan Orient.

Incidemment, l’historien note que Kreuzfeld est incapable de faire la moindre citation sans l’interpréter. Dans le propos de Klarsfeld, il ajoute « écoutez bien ça ». C’est le maître d’école qui parle. Il indique à l’élève ce qui est important : « nous tuerons les négationnistes ». Dans la citation de Zajdel, Kreuzfeld ajoute « bon » après « en fin de compte, tout bien pesé », quelle emphase ridicule ! Il utilise ce truc pour détourner l’attention de l’auditeur, car la syntaxe de ce qui suit est bancale. Le prof’ de français connaît l’efficacité du procédé. En construisant une phrase douteuse au plan grammatical on éveille la suspicion de l’auditeur, surtout que le raisonnement est tordu : si les chambres à gaz ont existé, c’est de la faute aux nazis qui les ont inventées, car ils y voyaient bombe à retardement destinée à exploser dans les mains des juifs, qui allaient forcément, un jour ou l’autre, être accusés de mensonge. Et reconnus coupables, espère Fofo, comme ils le furent dans l’assassinat de Jésus et plus encore d’Étienne.

Le procédé est le même dans les deux cas : le juif se dit innocent dans la mort de Jésus, car il fut sacrifié par les Romains ; comme il se dit innocent du canular des chambres à gaz, que les nazis auraient inventé. Mais il y a au moins deux ombres au tableau : le martyre d’Étienne en l’an 35, condamné à mort par le Sanhédrin avant d’être lapidé ; l’invention de la chambre à gaz par Max Nordau au premier Congrès sioniste de Bâle, en 1897.

Comme toujours, Fofo veut faire monter les enchères. S’appuyant sur sa Sorbonique, comme on disoit au dix-septième siècle, il a conduit combat suicidaire pour ceux qui l’ont défendu. Mais il n’y avait point d’autre choix valable à l’époque, ni de liberté comparable à celle dont Pascal a bénéficié quand il sortit son magnifique pamphlet, sous forme de feuilleton, en 1656-1657. Toutefois la différence est gigantesque, car Pascal était génial contrairement à Fofo. Il pesait ses mots qui tombaient comme des flèches. Il ne déformait pas les propos de la partie adverse. Il ne les interprétait pas en se mettant en avant. Il ne s’esquivait pas en faisant mine d’avoir réponse à tout. Il répondait aux questions qui lui étaient posées, contrairement à Fofo-Kreuzfeld.

Au lieu de ça, Fofo-Kreuzfeld cherche à rallier gens à sa cause à coups de molinisme, au nom de la croix (Kreuzfeld signifie champ de croix). Il les invite à partager son point de vue, qu’il croit rassembleur. Les chambres à gaz n’ont pas existé ? Soit, mais après ? Rien, même pas Jésus, seulement la croix, le pape conduisant ses partisans à faire du sur-place. Il attend uniquement que la foule se pâme devant sa bulle. Il commença par faire semblant de prendre aux sérieux les bêtises techniques des judéocideurs, avant de les réfuter une à une, laborieusement. De telle sorte que Fofo est entré dans la chambrette à gaz d’Auschwitz il y a un peu moins de cinquante ans et qu’il n’en est toujours pas sorti. Quel exemple pour les jeunes ! Il les dissuade d’entreprendre toute recherche historique.

Suit Paul-Émile Blanc selon Gnieudonné, plus cuistre que casuiste. Histrion +, il a gardé des souvenirs de ses études d’histoire. Il date Deutéronome du cinquième siècle avant notre ère. Il cite la Bible de Jérusalem, référence acceptable, car il existe énorme nombre de versions de la Bible — celle dite de Jérusalem étant considérée comme assez fiable. La place de la Bible de Vatican II, par exemple, est dans la corbeille, sans qu’il s’agisse de la brûler, l’« auto-da-fé » étant coutume juive.

Mais l’histrion se plante quand il prétend citer Voltaire à partir du livre de Claude Villaret L’esprit de M. de Voltaire publié en 1759. Selon Blanbec, Voltaire aurait dit : « Vous ne trouverez dans les juifs qu’un peuple ignorant et barbare, qui joint depuis longtemps la plus sordide avarice à la plus détestable superstition, et à la plus invincible haine pour tous les peuples qui les toléreront, et les enrichissent. Il ne faut pourtant pas les brûler. »

Villaret a interprété les propos de Voltaire, qu’il a télescopés. Les juifs sont barbares ? Bien sûr. Ignorants ? Mais de quoi ? Des bonnes manières ? C’est certain. Mais ce mot appelle complément, le juif n’ignorant pas les vertus du mosaïsme ni du commerce de l’argent, pas plus que de celui des idées. Détestable superstition ? D’accord. Mais plus invincible haine pour tous les peuples qui les toléreront, et les enrichissent est propos de partisan qui interprète les écrits de Voltaire, que Villaret résume en les dénaturant. Quant à il ne faut pourtant pas les brûler, cette locution de Voltaire est maintes fois attestée. Elle s’imposait à la fin (ou au fin).

Problème de Blanbec : il est nul en moyen françois, plus encore en ancien françois, parlers qu’il n’a jamais sérieusement étudiés. Comment a-t-il pu confondre une interprétation des écrits de Voltaire avec ce qu’il a vraiment dit ? Les propos antijuifs du philosophe de l’histoire sont riches et variés, en même temps ciblés. Seulement, faut les lire dans les éditions originales, surtout pas dans les versions falsifiées publiées en français moderne. Mais Blanbec, journaliste d’Historia, ne s’est pas donné cette peine. Depuis toujours il préfère la facilité. Chic ! s’est-il dit, Villaret a fait le boulot à ma place, je n’ai qu’à le citer.

Blanbec a le même rapport avec Fofo. Il se dit que Herr Professor a fait le travail, je n’ai qu’à me tourner les pouces et à exploiter le filon. Avec mes diplômes, mon expérience journalistique, mon harem, le soutien de ma secte, je ne crains rien. Surtout que j’enrichis le jargon antisémitique. C’est moi qui ai proposé à Gnieudonné d’employer le mot Innommable, c’est moi qui ai balancé Yahvé à plusieurs reprises dans le sketch. Car j’ai de la confiture, comme disent les filles de mon harem.

En évoquant Yahvé Blanbec est encore loin de gazer d’Élohim, mais c’est pas mal dans un sketch où la mention d’Élohim fût déplacée. Surtout qu’il s’agit de séduire la tête noire, sans la brusquer. Cependant son antisionisme est celui d’un bobo, car quand Golda Meïr dit que « les Palestiniens n’existent pas », elle a raison. À l’exception des chrétiens et des incrédules de Palestine, il n’y a que des ottomans musulmans dans la région, polygames, esclavagistes, antinudistes, adeptes du sacrifice humain, opposés à la philosophie de l’histoire. Blanbec invite l’auditeur à sortir son mouchoir en songeant à leur malheur, mais ils n’avaient qu’à pas être à ce point enjuivés ! Quand Yisraêl fait mine de respecter le réviso Mahmoud Abbas, formé à l’école soviétique, il a raison. Mais tort, car l’État juif traite Abbas comme dernier des lampistes, par avarice territoriale.

Désolé Blanbec, Guillotine ne versera pas une larme pour l’ottoman. Il craint plutôt l’invasion des bobos, dont il sait qu’il n’arrivera pas à les exterminer. Blanbec devrait inscrire sur sa carte de visite kapo bobo. Le judéocideur a certes raison de s’inquiéter en voyant des bobos comme Blanbec soutenir le casuiste, mais il tient le bobo pour guimauve. Même si Arno Klarsfeld et Blanbec appartiennent à cette race.

Raisons pour lesquelles ces sornettes ont failli être blackoutées quand Guionnet était plongé dans les Provinciales du camarade Blaise Pascal. Pamphlet merveilleux, à lire dans la langue de l’époque, plus riche et imagée que le français moderne, idiome dans lequel l’ouvrage est maintenant aliéné. Avec Pascal, on découvre l’art du pamphlet et l’intelligence, étrangère au casuiste. Pascal est génial, mot comportant deux consonnes mouillées accentuées, rares dans son livre. (Le titre Provinciales, avec consonne mouillée accentuée, n’est pas de lui.) Dans son œuvre, Pascal ouvrit la voie de la philosophie de l’histoire, bravo !

Il est trop tôt pour en parler car nous n’avons pas trouvé sur Gallica version originale des Provinciales ; en « français (moyen) », comme disent les saligauds de BN. Il serait pourtant temps que BN et Revision collaborassent. Hier matin, lettre de BN, qui réclame du Revision, mais à impossible nul n’est tenu. Pascal est mort à 39 ans, comme Boris Vian, signes de la faible espérance de vie des gens intelligents. Et nous invitons les antichémites à soutenir le parti des bonnes mœurs, du bien-vivre et de l’intelligence ; pour l’antijudaïsme, contre l’antichémitisme. Un peuple, un guide, antijuif !

(À noter que c’est Dailymotion qui diffuse le film, ce qui inquiète la coterie dominante. Heureusement qu’il est bête, se disent ses responsables. Cela n’empêchera pas Dailymotion d’être poursuivie en justice pour crime de lèse-majesté juive. Même si les ligues de vertu sont déboutées dans un an et demi, ce sera autant de temps de gagné.)

3 commentaires »

  1. Admirez la casuistique. Tout le monde sait depuis toujours que la chambrette à gaz d’Auschwitz n’a pas existé (le mythe des chambres à gaz reposant là-dessus). En 1987, une juivasse l’admettait, comme Pierre-Vidal Naquet implicitement, mais Fofo s’est accroché à ce qui était pour lui alpha et oméga, alors que la page était facile à tourner. Sans chambres à gaz, Hitler a voulu bannir et en grande partie ruiner des juifs d’Europe. Là est seule question pour l’historien, qui s’intéresse aux modalités d’exécution du plan.

    Sans la bande à Faurissons pas de loi, pas de diabolisation, donc sans profanateur pas de gardien (ou presque).
    Donc la bande à Faurisson, c’est la réplique moderne d’Édouard Drumont ?
    Admirateur de Pascal…

    Or la société de Jésus fut ordre religieux le plus politique au temps semi-moderne, qui avait un objectif : défendre la monarchie absolue en chassant l’hérétique.

    Pourtant c’est le contraire qu’ils ont fait ! (comme Faurisson !)

    (D’abord la cruelle loi ne visait pas vraiment Faurisson, mais Revision en vente en kiosque, qui avait plus d’impact que le Professor sorbonique. La dernière question est compliquée. On peut considérer que les jésuites ont facilité l’invasion du juif, avec leur chasse au calviniste puis au janséniste. De même Faurisson a fait le lit de la mythologie holocaustique, comme l’a dit Robert Badinter en 2007. Mais prenons garde au schématisme ! étant entendu que shema est prière juive, NDLR.)

    Commentaire par Duparc — 28 novembre 2011 @ 17:44 | Réponse


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