Alain Guionnet – Journal Revision

17 novembre 2011

PARISOIS RÉVEILLE-TOI !

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 01:24

Paris tirerait son nom de Parisii, tribu galoise du bassin parisois. Son origine est prétendument mystérieuse, mais il y a deux thèses sur celle du nom d’Issy, villa de banlieue de Lutèce. Issy serait tiré du nom d’un conquérant romain, hypothèse douteuse, à moins qu’Issi, écrit Issii au onzième siècle, signifiât en galois sous le bois. Car Issy se trouvait sous le bois de Meudon, tandis que sa butte était pointe avancée au-dessus de la plaine alluviale inondable.

Au sixième siècle, d’après la charte (de) Childebert, fils de Clovis, Issy couvrait un territoire d’une étendue à peine inférieure à la rive gauche de Paris. Avec Vaugirard, Vanve (sic), l’actuel Malakoff, Châtillon, Bas-Meudon, île Saint-Germain et des îles maintenant disparues, ainsi que la Seine le long d’Issi et la berge boulognoise à une longueur de perche, soit un peu plus de cinq mètres. Issy dépendait de l’abbaye de Saint-Vincent devenue un peu plus tard abbaye de Saint-Germain-des-Prés.*

Suivant cette thèse Parisii a pu signifier par en-dessous (les bois). Robert s’avance sur l’étymologie de par en indiquant que ce mot, tiré du latin per, signifie à travers, au moyen de. Cependant, si vous traduisez le françois en italien, vous pouvez rendre cette préposition par per, ça marche quasiment à tous les coups. Aussi supposons que César a reproduit le mot qu’il a entendu, sachant que les différences entre prépositions des langues aryennes étaient parfois mineures, tout concorde. Le Parisois de jadis (notez la dernière syllabe de jadis, qui signifiait sous en galois) aurait eu conscience de se trouver sous les bois, en plaine inondable.

Voilà à quoi aboutissent histoire et philologie magiques. Bien sûr Parisois se prononce comme Issisois — Nancisois ou Neuillisois. Bien sûr l’Issisois impose de plus en plus son parler à Issy. Des fonctionnaires ont initialement poussé des cris de vierge effarouchée, maintenant certains s’interrogent quand l’Issisois leur reproche d’avoir adopté le barbarisme isséen sur le modèle parisien. Issy fut toujours battue par Paris depuis près de mil ans, mais c’est sa clé stratégique. C’est elle, avec ses hauteurs, qui protège le bassin parisois, dont elle est l’ultime défense, avec ses roches, son argile, son calcaire et sa craie. Car l’Issisois sait écrire, il a ça dans le sang.

Allez-y ! Parlez des Parisois, que vous le soyiez ou non, ça fera plaisir.

17 novembre, 13h45, le nom d’Issy-l’Évêque, en Saône-et-Loire, suggère deux choses. Issy ne serait pas tiré du nom d’un Romain. Au contraire, il aurait été latinisé par des moines bénédictins au onzième siècle pour conserver le nom souche Issi (vu que ce n’est pas le même homme qui aurait donné son nom à un site de Bourgogne et de la banlieue de Paris). Ensuite Issy est mot souche d’Issy-l’Évêque, l’Évêque ayant été ajouté.

Issy-l’Évêque était autrefois entourée de bois, dont une grande partie fut lentement transformée en prairies et en terres labourables, mais le Parc régional du Morvan se trouve à quelques kilomètres du « bourg ». Le site était habité depuis longtemps quand il se transforma en place forte, au neuvième siècle. Le château fort fut construit sur une butte moins élevée que celle d’Issy-les-Moules (40 mètres), le dénivelé étant de 20 mètres du pied au haut de la bosse d’Issy-l’Évêque, de 30 mètres en considérant les maisons les plus éloignées, la bourgade comptant plus de 900 habitants.

En novlangue on parle du village d’Issy-l’Évêque, or il s’agit d’une bourgade dans le sens de petit bourg. Par abréviation ses habitants disent le bourg, car Issy-l’Évêque n’est pas village. Mieux, peut-être, ses habitants s’appellent issyquois. Ils ont conservé le suffixe ois qui s’impose, mais n’ont pas transformé y en i, car ils ne disposaient pas d’un document du onzième siècle reproduisant une charte du sixième siècle, où le nom souche issi est écrit avec i.** Ensuite ils n’avaient pas été formés à l’école de Port-Royal, ils n’avaient pas étudié latin, grec et hébreu, ni ne s’étaient penchés sur les procédés de dérivation de la langue vulgaire, qui veulent qu’Issy donne issisois.

Les Issisois des Hauts-de-Seine et de Bourgogne ont deux points communs. Ils habitaient jadis sous les bois et sur une butte. À chaque fois l’église se trouve à son sommet, ou presque à Issy-les-Moules, en partie à cause du tracé de la galerie de captage des eaux de la nappe de l’argile plastique. D’où on déduit que l’endroit où est construite l’église Saint-Étienne était auparavant lieu d’approvisionnement en eau, mais aussi de cérémonies païennes.

La fonctionnaire ayant aimablement répondu à nos questions n’avait jamais entendu parler de ce problème langagier, mais elle ne travaille pas à la mairie depuis longtemps. Les gens du Centre de recherches historiques d’Issy-les-Moulineaux ont fait le rapprochement entre les deux Issys, mais peut-être seulement dans les livres. Difficile de savoir, car le centre a cessé d’exister il y a dix ans. Il suffit de lire Les princes de Conty et leur château d’Issy, par René Le Bacon (Issy-les-Moulineaux 2000), pour se convaincre de la qualité de leur travail — ou encore les bornes historiques qui jalonnent la ville. C’est dans les années 90 que la thèse selon laquelle Issy serait mot galois signifiant sous le bois commença à s’imposer. Elle est maintenant quasiment officielle.

Ces historiens ont eu l’excellente idée d’associer dans leurs recherches architectes et géologues, précieux renforts. Ils on réuni tous les éléments permettant de dire que Parisii signifie vraisemblablement gens de par-dessous, i final correspondant à ois dans de nombreuses langues, i étant locatif relatif qu’on trouve dans il i a en ancien françois. Reste par, mais que savons-nous d’une langue seulement parlée ? Que les langues aryennes ont depuis longtemps prévalu dans une grande partie d’Europe car il existait des échanges sur de longues distances et il fallait que les gens s’entendissent entre eux pour commercer en dépit de leurs patois, au moins sur certains mots-clés. Et les Parisii connaissaient l’existence de l’empire romain avant qu’ils fussent vaincus par Jules César. Si bien que par a pu signifier per avant l’invasion romaine.

Là est point le plus douteux de l’interprétation, tandis que Parisii a pu signifier pour des membres de la tribu par-dessous les hauts ; de Seine en l’occurrence, Val-d’Oise et Val-de-Marne portant bien leurs noms.

(Accessoirement signalons que parigo est italianisme, Paris se disant Parigi en italien, et que le regretté poëte Claude Le Petit, brûlé en [place de] Grève en 1662 pour crime de la pensée, avait raison. Il appelait Paris Badaudois. Mais il avait tort en même temps, car il rendait impossible de trouver le nom de l’habitant du Badaudois. Il ne fallait pourtant pas le brûler à l’âge de 24 ans pour cela.)

_________________

* « Il n’y a plus d’après, à Saint-Germain-des-Prés », ces paroles de la chanson sont vraies. Il n’y a plus d’après mais seulement un avant. C’est à nous de le transformer en après.

** Dans la charte de Childebert Premier écrite sur papyrus, qui fut peut-être recopiée sur parchemin par un moine bénédictin avant 1015, on lit « ad fiscum nostrum Isciacence », puis « qui vocatur Isciacus ». C’est en 1084 qu’Issii apparaît selon l’abbé Lebeuf. Becchia écrit : « À l’occasion d’un accord sur le droit de sépulture — un impôt perçu sur les inhumations — apparaissent enfin, en 1084, les premiers noms d’habitants : un nommé Adam surnommé Paganus (ou Payen) fils de Gui Lombard « apud villam Issii », cède son droit à l’abbé de Marmoutier (« sepulturam de duabus ecclesiis suis, et de Fortunato » c’est-à-dire Fontenay). »

2 commentaires »

  1. Oui mais du coup, il faut trouver une nouvelle rime avec « parisois, tête de … » ?

    (Putois pourrait faire l’affaire, NDLR.)

    Commentaire par Lecteur assidu — 17 novembre 2011 @ 23:40 | Réponse

  2. De Beketch raconté par le Ratier et la marquise. Ils lèvent le coin du voile sur l’ex-frangin(?).

    (Je m’apprêtais à laisser passer ta duparquerie quand j’ai parcouru ton lien joint. Je n’y ai pas entendu Emmanuel Ratier, en revanche j’ai entr’aperçu les commentaires de zélotes, direction la corbeille ! Pourtant Ratier est bien placé pour trancher la question. De Beketch a-t-il appartenu à la Grande loge de France pendant près de cinq ans, comme il me l’a confié il y a environ vingt ans, ou bien à la Grande loge nationale française, comme il a prétendu par la suite ? Le reste ne présente guère d’intérêt, sa promotion à Minute étant liée à son initiation, comme la suite de sa carrière. Sergent recruteur des GAL après la dissolution du SAC, puis pipelette de radio Courtoisie dite radio Trois points. L’État français a toujours recouru à des barbouzes, avant que le nom existât, dans le sens d’homme de main chargé de nettoyer d’une façon dont les services secrets peuvent difficilement être chargés. Surtout que de nombreuses informations finissent par fuiter, comme sur l’assassinat de Pierre Goldman justifié par la raison d’État. Fais attention Duparc, tu approches de plus en plus le lac d’Issy-l’Évêque. Si tu tombes à l’eau, il n’est pas sûr que tu en sortes, le Morvan étant parfois cruel avec les morveux, NDLR.)

    Commentaire par Duparc — 18 novembre 2011 @ 18:39 | Réponse


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