Alain Guionnet – Journal Revision

9 novembre 2011

BOURGADE D’ISSY

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 13:54

Après une semaine de recherche tout commence à s’éclaircir. D’abord sur le fort d’Issy, dont la construction débuta en 1841 ou 1842 et fut achevée en 1844 ou 1848, les historiographes n’étant pas à l’unisson. Ils se copient les uns les autres, mais chacun tient à apporter sa petite touche. Ils ne consultent pas les documents cités par d’autres, tantôt ils leur font confiance et les plagient, tantôt ils s’appuient sur leurs propres recherches qui les conduisent sur diverses voies, dont certaines peu sérieuses.

La bataille d’Issy traitée jusqu’au 13 mai 1871, restait la question de savoir ce que le fort deviendra en 2012, et, ô surprise ! Santini compte en faire un site touristique. Il assure que « les murs d’enceinte historiques, les casemates et le stand de tir seront conservés ». Bien, mais quels murs ? Ceux des deux bastions qui surplombent une grand partie des Hauts-de-Seine, y compris le Point du Jour ? Mais quid en ce qui concerne douve et pont-levis situé au nord ? Astuce de Santini, les casemates conservées ne seront pas désaffectées. Intérieurement réaménagée, l’une d’elles servira de gymnase.

Les prétentions historico-touristiques du despote sont appréciables, mais elles entraînent des cafouillages. Deuxième étape, la harangue prêtée aux habitants d’Issy dans la première moitié du dix-huitème siècle, écrite en jargon. D’abord analyser les extraits cités par Alain Becchia avant de consulter le manuscrit dont la lecture sera facilitée. Étude encore loin d’être achevée, mais il y a un hic : quel était le statut de l’agglomération à ce moment-là ? Village ou bourg ? Surtout qu’il y avait quatre populations, dont trois n’étaient pas recensées : les nobles, leurs domestiques, leurs gardes ou leurs « officiers » ; les gens de robe, juristes, parlementaires, membres de la haute administration qui avaient construit à Issy leur maison de plaisance ; les très nombreux religieux du séminaire Saint-Sulpice et d’ailleurs.

18 novembre, le dernier paragraphe a été modifié, la suite complètement après examen du plan topographique d’Issy conservé aux Archives nationales. Les hauts de la butte étaient peu habités. La rue de l’Église n’existait pas, car la partie haute de la bosse qui jouxte le coteau ouest était propriété de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Il y avait seulement quelques bâtiments aux Hauts d’Issy, à l’est de l’église et au nord. À côté de la petite rue Cloquet (maintenant disparue), qui longeait la façade est de l’église, à partir de laquelle on pouvait rejoindre la rue de la Glaisier (actuelle rue Minard). Quelques maisons se trouvaient aussi sur le bord nord de la rue du Simetier (actuelle rue Jules Guesde), qui conduisait au cimetière proche de l’église. On peut estimer à moins d’une vingtaine de « feux », soit moins de 100 personnes, les gens qui vivaient là, en soustrayant les religieux qui y résidaient. Le curé habitait une maison, mais il possédait une grange et une écurie, soit deux ou trois bâtiments auxquels s’ajoutait celui du presbytère.

C’est sur le versant ouest du coteau, jusqu’à son pied, le long de la Grande rue du Village d’Issy, qu’habitaient la plupart des villageois. On peut estimer qu’ils formaient moins d’une centaine de feux. Le long des rues, mais pas toujours, car des maisons étaient parfois en retrait, elles formaient des doublons. Il y avait deux rues, ou bien trois, pour monter jusqu’à l’église. Trois, car au sud il fallait emprunter la rue de Villepreux ou la Valete (actuelle rue Auguste Gervais) avant de tourner à gauche et de prendre la rue des Noyers, grand rue populaire de l’ancien village, qui allait jusqu’à la place de  l’Église en suivant une légère courbe (sa partie basse est maintenant appelée rue Étienne Dolet, son haut avenue Jean Jaurès). La rue des Noyers était encore étroite au dix-neuvième siècle, comme en 1740, mais la rue de la Fontaine, qui menait directement à l’église, était plus étroite encore si on en juge par l’escalier qui en subsiste, vers le haut, encore nommé rue (Prudent Jassédé). En 1740, l’arpenteur ajoutait « Rue de la Fontaine anciennement Broutibourg ». Comme si l’idée de voir en Issy un petit bourg avait traversé l’esprit des habitants avant 1740. Seulement voilà, en comptant les maisons une à une, en se disant qu’elles abritaient parfois plusieurs feux, on estime à moins d’une centaine leur nombre de haut en bas du coteau. Étant entendu que l’arpenteur n’a pas indiqué l’emplacement des commerces, surtout au bas et au pied de la butte, des restaurateurs, des tavernes et des pensions ou auberges qui s’y trouvaient. Ni apparemment distingué les maisons bourgeoises, beaucoup moins peuplées que les maisons populaires. Sous toutes réserves, car l’arpenteur a numéroté chaque parcelle qu’il a sans doute commentée, étant entendu que maisons et châteaux ne comptaient qu’un étage, nous concluons qu’il y avait plus de cent feux sur la butte et les coteaux, mais où étaient les autres ?

On atteignit plus de 160 feux en 1717, après brusque montée, après que le nombre de feux fut proche de 110 en 1715. Ensuite il oscilla autour de 150 pendant quelques décennies.

Le mystère s’éclaircit au vu du plan de 1740. Des habitations populaires étaient apparues en plaine, surtout au sud de l’actuelle station de métro Corentin Celton. On y voit pâté de maisons à l’est, qui se prolongent un peu dans la rue de Vanve (sic). Mais aussi pâté de maisons à l’ouest et au nord sur le plan de 1671. Aussi le carrefour des rues Basse, de Vanve et de la Glaisier était entouré de petites maisons concentrées, signe d’habitat populaire. C’est surtout là que se trouvaient les feux manquants. Et ce, dès le dix-septième siècle.

Aussi les historiographes ayant parlé de bourg à ce moment-là étaient fondés à le faire, vu le grand nombre de bâtiments, mais c’est bourgade qui s’imposait au géographe, mot correspondant au mieux, bourgade signifiant petit bourg à habitat assez dispersé. Surtout qu’Issy était centre administratif et judiciaire.

Sur le plan de 1740 on distingue cinq châteaux en contrebas. On les identifie grâce à leur architecture, à leur jardin et à leur toit gris, en ardoise, mais pas toujours, un bâtiment aristocratique ayant eu tuiles rouges, tandis que dans une propriété aristocratique au nord, on ne voit que des bâtiments tuilés. On distingue néanmoins de l’autre côté de la rue le « château » assez imposant, au toit en ardoise, qui appartint plus tard à Claire Josèphe de la Tude, célèbre comédienne dite Mademoiselle Clairon. Il fut plus tard remplacé par la Manufacture des tabacs. Son château ne formait qu’une partie de la manufacture.

De l’autre côté de la Grande rue du village d’Issy se trouvait site aristocratique, toutefois le toit des maisons était en tuile. À côté, au sud, se trouvait grand bâtiment avec toit en ardoise, il s’agissait sans doute de la résidence des champs des jésuites, qui n’auraient pas fui Paris devant la réforme en 1584, mais y auraient installé leur résidence d’été (comme on dit plus tard du séminaire sulpicien). Avant 1740 les jésuites possédèrent domaine près de quatre fois plus étendu. Nettement plus au sud venaient les trois « châteaux », au pied de la butte.

La Grande rue du village d’Issy s’étendait en 1740 sur près de 700 mètres dans la plaine, mais les habitations populaires se trouvaient presque toutes à l’est de la grand rue en 1740, y compris près de l’actuelle station de métro Corentin Celton. Là se trouvaient une trentaine de feux. Précaution indispensable que cet emplacement contre les inondations, que les aristocrates négligèrent car elles les concernaient peu.

Elles eurent lieu en 1648, 1740, 1802 et 1910 selon l’Atlas culturel d’histoire urbaine d’Issy-les-Moulineaux (Issy-les-Moulineaux 1994), pourtant il y eut plus de 15 % de noyés parmi les adultes et adolescents d’Issy morts entre 1785 et 1791. Ils ne furent pas victimes d’inondation vu les dates échelonnées dans le temps de leurs décès, ils étaient plutôt bateliers ou pêcheurs.

La remarque absurde de Becchia selon laquelle la population issisoise, quand la Harangue des gens d’Issy fut écrite, vers 1740, a entraîné cette étude. La population d’Issy à ce moment-là représentait bien le tiers-état. Il y avait des mineurs, qui travaillaient dans quelques-uns des neuf puits du plateau, dont ils extrayaient du « blanc de Meudon », calcaire grossier. D’autres collectaient peut-être l’argile dans la mine souterraine sous le jardin du prince de Conty, mais ce n’est pas sûr, le prince n’ayant peut-être pas autorisé ce travail utile aux propriétaires des fours à chaux qui se trouvaient sur la route des Moulineaux. Des ouvriers des carrières à ciel ouvert de calcaire et de craie habitaient sans doute Issy, même si d’autres venaient du Bas-Meudon ou du petit village des Moulineaux, qui était grand hameau, car c’est là que les chartreux s’étaient installés.

À Issy habitaient en 1740 des gens exerçant toutes sortes de métiers. Des jardiniers, sans doute plus que des laboureurs, qui avaient été victimes de l’ordonnance de Louis XIV ayant autorisé les bouchers de Paris à « rafraîchir » leur bétail en banlieue. En l’occurrence leurs moutons, qui dévastèrent la plaine d’Issy. Au point qu’il n’y eut qu’un seul laboureur pour dix vignerons dans le conseil municipal de la première commune d’Issy, de février 1790.

On peut y ajouter des professions intermédiaires, un ou deux instituteurs pour l’école des filles et celle des garçons, même si l’enseignement était plutôt du ressort des religieux, comme c’est apparu nettement au dix-neuvième siècle. Ou encore les officiers de la maison forte, qui n’étaient pas religieux.

Bref, le tiers-état d’Issy, encerclé par la noblesse et le clergé, représentait très bien ce qu’il était à l’époque en France, sauf en ce qui concerne ses nombreux vignerons dont certains appartenaient à la « bourgeoisie », ainsi que des entrepreneurs, des propriétaires, les médecins, au moins deux, le notaire, le prévôt, des restaurateurs ou maîtres de pension. Il y avait aussi des artisans, des forgerons, des tisserands ou couturiers, des maçons, des menuisiers, etc. Ou encore d’assez nombreuses sages-femmes, qu’on ne sait pas dans quelle catégorie placer, peut-être avec les gardes de la maison forte.

La bourgade représentait la France du dix-huitième siècle, sauf qu’elle était enserrée par nobles et religieux. Les nobles y dépensaient un peu d’argent, tandis que l’administration et la perception des nombreux impôts étaient du ressort de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés pour tout le « canton ». Elle se trouvait dans la maison forte, grand et haut bâtiment en face de l’église Saint-Étienne. Ceci explique en partie la vigueur des Issisois à l’encontre du clergé, des Jésuitres en particulier, comme il les appelaient, et des capucins, car ils associaient le son de la divine cloche au tintement des deniers dont ils vidaient leur poche, à la maison forte beaucoup plus qu’à l’église.

La maison forte ressemblait un peu à la Bastille d’Issy, toutes proportions gardées. Ce centre administratif était aussi tribunal et prison. À l’époque la prison n’était pas considérée comme une peine. Des détenus s’y trouvaient dans l’attente de leur jugement et de l’exécution de leur châtiment : pendaison, mutilation, marquage au fer rouge, fustigation, exposition, bannissement. Dans Issy-les-Moulineaux 2000 ans d’histoire, on apprend que « le gibet des abbés se trouvait au lieu-dit “les Gaudelines”, à l’emplacement du Parc des Expositions du côté de l’avenue de la Porte d’Issy ». Le bourreau, sans doute venu de la capitale, était chargé des pendaisons, mais d’autres châtiments étaient effectués par des officiers de la maison forte.

De telle sorte qu’on trouvait à Issy de nombreuses distractions. On pouvait aller à la chasse, baguenauder dans des jardins à la française ou à l’italienne, à côté des bassins, des canals, des fontaines si rafraîchissantes en été, bien manger et boire, voir un manant supplicié, quelle excitation ! avant de s’adonner à des orgies avec des soubrettes que l’Issisois appelait sorcières.

Le servage fut aboli en 1247 à Issy, mais il subsista de façon feutrée, camouflée. Le moulin à vent, au haut de la butte, en retrait au sud-est, appartenait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. C’est là que les villageois impécunieux accomplissaient leur « banalité ». Ils moulaient le grain de la Sacrée Église romaine. C’est de là que Jacques Moulin tire son nom. Ses ancêtres moulaient le grain du jésuitre, tandis qu’il est maintenant persuadé de mouler le grain du juif. Nous invitons les visiteurs du Musée français de la carte à jouer à songer à cette anecdote quand ils verront le dessin d’Issy dit de 1702, mais de plusieurs décennies antérieur. C’est du moulin à vent en haut à droite de l’illustration que Moulin tire son nom. Le moulin de l’abbaye a depuis longtemps disparu, mais Moulin vit encore. (Quant au moulin en haut à gauche de la gravure, il n’a rien à voir, c’est celui du village de Vanve.)

« Les venerables Prieur et religieux Benedictins de l’abbaye royale de Saint Germain des-préz » disposaient d’une vigne, de trois pressoirs à raisin, un moulin à farine, un four à pain et une fontaine. Ils prélevaient la dîme, un dixième des récoltes, en leur qualité de « seigneurs censiers, dîmiers, banniers et hauts justiciers ». Ils avaient pouvoir seigneurial et religieux ». Ce qui était rarement le cas en France et qui explique l’ire des villageois à leur encontre.

Un commentaire »

  1. Je vous rappelle que, par décret du 20 novembre 2003, un ambassadeur en mission chargé de la dimension internationale de la Shoah, des spoliations et du devoir de mémoire a été nommé.
    http://www.contre-info.com/quai-d%E2%80%99orsay-%C2%ABcombattre-toute-forme-de-deni%C2%BB-de-l%E2%80%99holocauste%C2%BB

    Les comptes de charlie la daube compte 2009
    http://www.uam93.com/news/charlie-hebdo-les-vrais-coupables-retrouves.html

    (Votre message suivant est parti à la corbeille. Vous y justifiez vos pleurs par des bobards médiatiques, mais c’est avant qu’il fallait prévoir la situation. Tous les indicateurs économiques et politiques sont au rouge, la belle affaire ! La situation était prévisible depuis 25 ans, quand l’industrie financière de l’Holocauste faisait florès. La suite, avec éclatement de bulles financières successives, était prévisible. Mais vous étiez calfeutré je ne sais où à ce moment-là, et c’est maintenant que vous pleurez. Oh ! dites-vous, tout s’effondre, et moi, et moi, et moi ! Allez vous faire foutre, comme Rivarol, qui ne fait pas d’investigation, qui commente les cancans de la presse juive sans remettre en question son jargon. Vous êtes au mieux p’tit blanc impuissant, au pire agent de la coterie. Dans un cas comme dans l’autre ne lisez plus le site. Je suis trop gentil, a diagnostiqué la cartomancienne, elle a raison. Déguerpissez, on pourra peut-être après parler de choses sérieuses, NDLR.)

    Commentaire par Duparc — 9 novembre 2011 @ 16:54 | Réponse


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