Alain Guionnet – Journal Revision

2 novembre 2011

FORT D’ISSY

Filed under: Uncategorized — guionnet @ 23:59

Avant-propos

4 novembre, 19h30, ce papier est recomposé après lecture la moitié du livre d’Alain Becchia Issy-les-Moulineaux — Histoire d’une commune suburbaine de Paris (Mantes-la-Ville 1977). Tels étaient les premiers mots de la précédente version, achevée en début d’après-midi. Maintenant baste ! celle-ci ne sera plus que décoquillée, car il faut savoir terminer un papier, comme disait le camarade Thorez.

Une nouvelle science est née cependant : l’histoire magique. Elle consiste à naviguer dans l’espace-temps et à essayer de se mettre dans la peau des gens dont on parle. Capacité que n’a pas tout le monde, à commencer par Duparc, qui va s’exclamer : « Ah bon ! non seulement Aigle Noir est lecteur de Charlie hebdo, pote des bénédictins et des loubavitch, mais le voilà camarade de Thorez ! Il déraille complètement, sa place est à l’asil, pas chez les alcooliques anonymes, surtout qu’il n’est pas anonyme. »

Quel honneur pour Duparc ! Nous plaçons dans sa boche la diction asil, sans e, qu’employait Menier. « Pardon pour diction et boche, dit Jacques Moulin, après deux bières le guide jase ancien françois. Je traduis : diction signifie mot, boche bouche. » Bravo Jacquot ! dit la rédaction unanime, tu sais te mettre à la portée de la tête noire. Mais l’exercice est beaucoup plus difficile pour l’historien magique, qui tente de se mettre dans la peau d’un nombre énorme de gens, à toute époque. Pour ce faire, il compte sur deux armes : renseignement et magnétisme.

Cela apparaît deux fois dans les lignes qui suivent. D’une part à propos de fédéré et communard, l’historien magique devant impérativement employer les deux mots quand il parle d’eux. D’autre part au sujet de la signification de village, bourg et ville, qui a varié dans le temps, étant entendu qu’il n’y eut jamais 7 milliards de bipèdes sur terre avant nous. À chaque fois qu’on parle d’un temps révolu, il s’agit de se mettre dans l’esprit de l’époque.

Ensuite tout va s’éclairer grâce à Jules, qui nous a aimablement communiqué une coordonnée d’Alain Becchia, seul historien d’Issy connu à ce jour. Du Bas Issy, il est peut-être parti en Normandie avant d’aboutir en Savoie. Nous aurions pu y songer vu son patronyme. Raison pour laquelle nous jaserons avec lui avant nouvelle publication le concernant. (10 novembre, Becchia n’a toujours pas répondu, bien que le site n’aye signalé aucune de ses erreurs historiques et sémantiques, sans parler de ses coquilles.)

Dans la précédente version nous enchaînions : initialement le livre de Becchia fut diffusé par lui-même. Il résidait en Issy en 1977, dans la plaine. En Issy est son expression, mais elle est douteuse, car le village d’Issy se trouvait initialement sur les Hauts d’Issy et sur les coteaux pour éviter les inondations, près de la grand voie romaine, grosso modo construite à l’emplacement de l’ancien grand chemin galois (sic), à ceci près que le tracé romain était sans doute plus rectiligne.

Issisois de la plaine en 1977, Becchia pouvait difficilement prétendre habiter en Issy, mais plutôt à Issy, ou Issy — surtout pas sur Issy. Son livre reproduit en grande partie son mémoire de maîtrise d’histoire de Paris IV-Sorbonne de 1974, qu’il avait revu, corrigé et sans doute augmenté. Sur la préhistoire de la ville, énorme période, à défaut de fouilles archéologiques jamais menées, tandis que les trouvailles incidentes ont souvent disparu, Becchia indique qu’elles eurent lieu sur les Hauts d’Issy et sur le tracé de l’ancienne voie romaine, quand fut prolongée la ligne de métro de Porte de Versailles à Mairie d’Issy. Il ajoute qu’il y avait des glaisières dans l’antiquité, dont la paroisse engloba longtemps une partie de Vanves (l’actuel lycée Michelet) et Vaugirard.

Le village se trouvait autour de l’église Saint-Étienne, en haut d’Issy, comme hui, à l’emplacement vraisemblable d’un ancien temple païen, car un cours d’eau souterrain circule à cet endroit, quelle richesse !  En ce lieu élevé, à l’extrémité nord des Hauts d’Issy. C’est d’ailleurs parce que le christianisme s’est inspiré des traditions païennes qu’il a eu autant de succès. Surtout qu’Issy est nom galois dit en novlangue celte, au lieu éventuellement de celtique. Becchia a raison de se moquer des connards qui voient en Issy dérivé d’Isis, bien que nous ignorions sa signification. Au onzième siècle il fut écrit Issii à côté d’écritures latinisées. Pendant la guerre dite de Cent ans, les soudards rosbifs écrivaient Icy, village près duquel ils campèrent en 1346, 1359-1360, puis en 1410, année où ils commirent maint « maulx » (pendant longtemps maint fut invariable). Ce qui pose problème, car que vient faire u grec dans Icy ? L’écriture Issy serait-elle tirée du françois des Grande-Bretons, via Icy ? Faudrait-il chercher la signification d’Issy chez le rosbif, de culture païenne avant d’être crétinisé ? Nous ne savons pas, mais c’est piste à explorer.

Vient ensuite notre critique d’Alain Becchia, fils de Thérèse, qui fut conseillère municipale sous le despote André Santini. Becchia fut un des meilleurs étudiants d’histoire de La Sorbonne, cette souricière. Mais pourquoi préfère-t-il parler des Isséens plutôt que des Issisois ? Parce qu’il se prétendrait aristotélicien ? Quelle horreur ! Pourquoi évoque-t-il à peine l’héritage païen d’Issy ? Pourquoi n’a-t-il apparemment pas fait de recherche sur la signification d’Icy en engluche ?  Pourquoi parle-t-il souvent des Communards, jamais des fédérés ? Parce qu’il voulait jouer la carte politiquement correcte en 1974 ?

Ces mots sont ceux employés par les deux camps. Les Versaillais parlaient des communards, les partisans de la Commune des fédérés, et l’historien n’a pas à prendre parti. Il doit employer les deux, non alternativement, mais de préférence en parlant des communards quand il considère les événements du point de vue versaillais, des fédérés dans le cas contraire. Dans le récit qui va suivre nous parlons surtout des fédérés, car nous évoquons le fort d’Issy quand ils le tenaient. Becchia s’est tiré de ce problème en disant parfois les Communards avec une majuscule, comme le conseillait sans doute son prof’. De même, s’il respectait le latin ecclésiastique, il est suspect d’avoir modernisé l’écriture du moyen françois.

Très vite l’Issisois a entendu parler de son livre, mais il ne l’a pas lu, en partie par bêtise, car il est costaud et bien référencé. La Sorbonne donna peut-être à Becchia excellente note, tandis que la mairie d’Issy aurait dû le récompenser. Mais elle n’était pas versée dans la culture sous le mafieux Leca, elle l’est encore moins sous le corniaud Santini. (Au moins il y a continuité de la race des maires d’Issy depuis plusieurs décennies en ce qui concerne leur corsitude.)

Becchia n’habite plus maintenant « en Issy », ni dans les communes environnantes. Impossible de le joindre par téléphone. C’est à lui de répondre au gars vivant en Issy, à mi-chemin entre l’ancien château Bourbon Conti et l’église Saint-Étienne, édifice qui devrait son nom au premier martyr chrétien lapidé en 35 à Jérusalem. Étienne est aussi nom du roi de Hongrie, consacré par le premier pape français Sylvestre II en l’an mil. D’où les confusions répétées dans le passé de l’houngvarisant Guionnet entre église Saint-Étienne et Saint-Nicolas, mais Issy est antijuive au moins depuis le sixième siècle, quand le culte de saint Étienne se répandit, dit-on. Sans doute à la suite des invasions du fléau de dieu.

Attila fut nommé fléau de Dieu car ses victoires militaires furent imputées par les chrétiens au manque de foi de la population, ainsi qu’à l’arianisme qui dominait en Italie. Becchia ne parle pas de cette affaire dans son livre, mais Issy était place-forte religieuse, surtout depuis le dix-septième siècle. Avec son séminaire construit dans la plaine, au pied de l’église Saint-Étienne, annexe ou résidence d’été de Saint-Sulpice ; avec le couvent des Oiseaux, non loin de là, de l’autre côté de l’ancienne voie romaine. Selon la légende, il existait passage secret souterrain entre séminaire et couvent, dont le naïf se demande pourquoi. Becchia n’en parle pas en sa qualité d’historien, qui s’intéresse aux rumeurs mais les tait au nom de la science.

Becchia a cependant le mérite d’évoquer, bien que de façon lacunaire, l’importance de la dimension religieuse dans l’histoire d’Issy. Il évoque l’influence des bénédictins, encore décelable de-ci de-là à Issy et à Vanves. Puis il se libère, quand il reproduit de larges extraits de « Harangue des habitants d’Issy a Monseigneur l’archevêque de Paris », écrite entre 1728 et 1743 par un vicaire peut-être d’origine issisoise, contre les jésuites. On y découvre le parler de la bourgade d’Issy, dont les gens disaient : « Vla tout comme jase le monde  Cheux nous et partout a-la-ronde  A Vanves, a Clamart, a Meudon  Chacun le dit dans son jargon. » Propos sibyllins de ce poème de 998 vers, dont le manuscrit est conservé à l’Institut catholique de Paris.

Une étude séparée de ce précieux document s’impose, tant le jargon d’Issy est riche. Becchia fait quelques intéressantes observations à ce sujet, après avoir dit son incompétence car n’étant pas linguiste. Il ne remarque pas à quel point ce parler est fidèle à l’esprit de l’ancien françois. Il s’en doute, mais il était hors de question pour lui de soutenir cette thèse en Sorbonne. Pire que la censure, l’autocensure !

Cela dit, Issy était bourg au début du dix-neuvième siècle, ville en 1870, avec plus de 7 000 habitants (16 639 en 1901), contrairement aux Moulineaux, lieu-dit au début du dix-neuvième siècle, comme La Fontaine aux Juifs, maintenant disparu, et tant d’autres, dont La Voye de Paris, ancienne rue de Vanves à l’écriture amusante. Les Moulineaux avait certes augmenté d’étendue en 1870, mais c’était village. En revanche Issy était ville, avec ses estaminets, ses billards, sa rue de l’Église, injustement appelée maintenant rue de l’Abbé Grégoire, où les Versaillais avancèrent en mai 1871 en explosant maison après maison. Autrefois il n’y avait pas de panneau indicateur. Pour aller à Vanves on prenait la rue de Vanves, pour se rendre à l’église la rue de l’Église.

Les digressions qui précèdent ne sauraient écarter les observations d’Issy en 1871. Sur un journal illustré (il n’existe apparemment aucune photo des combats d’Issy), on voit qu’un canon de campagne des fédérés occupe un peu moins de la largeur d’une rue d’un quartier ouvrier de la ville, situé en plaine. Impossible de dire où, sans doute à proximité de l’ancienne voie romaine, car Issy était ville industrielle en 1871. Beaucoup de champs avaient disparu, tandis que les crues de la Seine avaient été en partie endiguées.

Mais venons-en à l’histoire du fort d’Issy, revue et corrigée, surtout d’après Becchia, sorbonnard non honni.

Sur la route du fort et du temple

Alain Guionnet n’est pas allé à mairie d’Issy déposer son projet de construction du temple magique lundi, car il fallait qu’il fût sobre depuis 48 heures pour accroître son magnétisme. S’ensuivit jour férié mardi, qui le rendit encore plus apte à accomplir sa mission. Propre, rasé de près, correctement vêtu, l’haleine fraîche, il se présenta au service du directeur de l’immobilier. Il remit le papier du site, que la fonctionnaire communiquera au directeur, qui n’était pas là. Elle lui demanda de préciser ses coordonnées sur feuille séparée, ce qu’il fit. Elle pria ensuite Guionnet d’ajouter mot disant qu’il sollicite entretien avec le directeur, il obéit. Après que la gueuse eut parcouru le papier du site et lui eut demandé ce qu’est temple magique, l’archisupôt répondit : « Il date de la fin du quatrième millénaire avant notre ère. Au départ il y eut chamanisme puis magie, quand des villes furent construites, beaucoup plus tard religion monothéiste, après qu’un dieu fut de plus en plus dominant chez des païens. D’abord zoroastrisme, puis judaïsme, ensuite christianisme, enfin islam. »

Dans sa brève lettre au directeur, Guionnet précisa l’emplacement du temple, au fort d’Issy. Il ajouta de vive voix que Bouygues n’a pas occupé tout l’espace. Il reste place pour petit temple, en même temps musée.

Cette formalité se déroula en temps record. Guionnet fit ensuite saut au kiosque pour s’enquérir s’il y avait eu rassort de Charlie hebdo. Non, comme prévu, la France étant pays bureaucratique pire à certains égards que l’Union Soviétique d’autrefois. Avant d’aller en librairie pour commander Dracula d’Abraham dit Bram Stoker, publié chez Marabout. Ce qui fut vite réglé. Il coûte 12 € dans son édition préfacée par le frangin Tony Faivre, il arrivera la semaine prochaine. (10 novembre, cela s’est avéré faux. La préface de Faivre est supprimée dans l’édition de 2009, les faussaires s’acharnant à cacher la judaîté de Dracula.) Les deux formalités durèrent moins de 25 minutes. S’ensuivit montée à l’ancien château de Conti, dit aussi Bourbon-Conti, ou d’Issy. Maintenant Musée français de la carte à jouer, dont le centre de documentation est ouvert au public, sans rendez-vous, mercredi après-midi. Les livres sur la carte à jouer y pullulent, mais ceux sur l’histoire d’Issy ne sont pas totalement en reste, y compris depuis deux mils ans et plus.

Huitaine d’ouvrages suffit pour l’instant, la priorité revenant au fort d’Issy. Aussitôt il se confirme que les paroles de la chanson « Les loups sont entrés dans Paris, soit par Issy, soit par Ivry » sont antiphrases, car Ivry a sans doute tenu face au prusco en 1870-1871, comme Issy.

Le mieux est de partir d’Histoire du fort d’Issy 1840-1871, par Hervé Saigne, officier du Corps Technique et Administratif de l’Armement, paru à Clamart en 1988. L’auteur assure que « de Louis-Philippe à Napoléon III [le fort d’Issy] eut l’écrasant privilège d’être une des clés politiques de la ville mais aussi d’être la clef stratégique de Paris ». En 1840 (ou 1841), les limites de l’enceinte de Paris furent fixées par Thiers au niveau des boulevards extérieurs, autour desquels il y avait 16 forts, construits sur le modèle suivi plus tard par les concepteurs de la ligne Maginot : au nord, à l’est et au sud de Paris, mais pas à l’ouest, uniquement protégé par le fort du mont Valérien. Becchia tente d’expliquer cette erreur militaire en prétendant que la Seine sert de protection naturelle contre d’éventuels envahisseurs à l’ouest de Paris, mais c’est faux, l’historien n’ayant pas à justifier les fautes du commandement politique et militaire de l’armée.

Sauf qu’il y avait le fort d’Issy, dont la construction fut achevée en 1848, en dehors de celui du mont Valérien, dont deux puissants bastions surplombaient les Hauts-de-Seine et l’ouest de Paris. Ils pouvaient tirer obus au moins jusqu’au bois de Boulogne. De telle sorte qu’en 1870 le général boche de Moltke comptait, selon Saigne, entrer dans Paris par le Point du Jour, aussi aurait-il donné au deuxième Corps Bavarois ordre de s’emparer du fort d’Issy (même si ce n’est pas sûr que les pruscos voulussent envahir Paris). Mais les Bavarois n’étaient pas zélés après avoir été vaincus par les pruscos en 1867, à Sadowa, où leurs alliés hongrois, leurs foudres de guerre, refusèrent de combattre.

Le 19 septembre 1870, la redoute de Châtillon fut conquise par « ruse », peut-être à la suite d’une trahison maçonnique. Handicap pour Issy, pour Paris par voie de conséquence. Le premier obus boche tombe sur le fort d’Issy le 13 octobre. À partir du 22 octobre, 6 batteries ennemies concentrent leurs feux sur le fort d’Issy, 4 sur celui de Vanves, 3 sur celui de Montrouge. S’ensuit une sorte de drôle de guerre à cause du mauvais approvisionnement de l’ennemi en munitions, lié au gel. Apparu en automne, il rendit difficiles les travaux de terrassement du fort, effectués par près de 3 000 hommes, artilleurs, soldats et mobiles, accessoirement sapeurs, peu nombreux (une cinquantaine) mais qualifiés.

Le 26 janvier 1871, ordre fut donné aux chefs militaires de cesser le feu avant l’armistice du 28 janvier, avant la capitulation désirée par juifs et frangins de la République du 4 septembre. Le fort d’Issy est en ruine, un tiers de ses hommes sont blessés, un tiers inaptes au combat selon Saigne. Entre le 5 janvier à 8 heures du matin et le 25 janvier à minuit, le fort aurait reçu selon l’auteur 38 000 obus et bombes, peut-être larguées par zeppelins. L’humiliation des assiégés aurait été grande de devoir remettre leurs armes à l’ennemi sur ordre du gouvernement provisoire. (Selon Becchia, 18 000 obus auraient été tirés sur le fort d’Issy et ses environs pendant temps indéterminé, d’après les archives boches). Ce n’aurait ensuite pas été des Bavarois qui auraient investi le fort, mais des pruscos venus de Meudon, de fière allure, comme dit Figaro dans son récit de l’entrée des Prussiens à Paris.

Vient ensuite la Commune de Paris, pendant laquelle la bataille d’Issy, selon Wikipédia et de nombreux témoins, joua rôle capital. L’encyclopédie juive dit que son papier est à revoir, elle a raison. Selon elle, il y aurait eu 41 jours de combat à Issy, à raison de 15 à 40 morts par jour dans les rangs versaillais ; à partir des dires de Lissagaray et d’une interprétation douteuse. En réalité les durs combats se déroulèrent du 24 avril (Becchia parle du 25 avril) au 13 mai 1871, tandis que la bataille d’Issy entraîna sans doute la mort de plus de 250 Versaillais, plus d’un tiers de leurs pertes au cours de leur conquête de Paris. Le 26 avril, les Versaillais se seraient emparés du village des Moulineaux, où la gueuse Louise Michel, déguisée en homme, aurait été victime d’une entorse dans une tranchée. Elle aurait fait 35 morts dans les rangs ennemis. Puis les Versaillais auraient progressé jusqu’à 300 mètres du fort d’Issy et à 500 mètres du fort de Vanves, objectif secondaire, muni d’un petit nombre de pièces.

Le 30 avril au matin, la garnison du fort aurait reçu ordre de son commandant blanquiste Mégy d’évacuer la place, après qu’il eut fait enclouer les pièces d’artillerie en sa qualité de mécanicien. Truc ayant échappé aux historiographes, Megy est nom hongrois pouvant avoir été francisé en Mégy. L’idéologie blanquiste aurait convenu au Magyar francisé, qui rêvait de faire la révolution, mais qui obéissait sans doute aux ordres. Extrapolation, car si megy compte trois lettres en hongrois, quatre en français (observation de linguiste), Léon Mégy, né en Seine-et-Oise en 1841 ou 1844, mort à Panama en 1884, reçut le grade de colonel de la garde nationale, commandant du fort d’Issy, grâce à sa célébrité. En février 1870, il tua d’un coup de pistolet un policier venu l’arrêter à son domicile pour son rôle d’émeutier le 11 février 1870, où il participa aux combats des barricades de Belleville. Sa défense réclama son acquittement au motif que le policier avait pénétré dans son domicile avant l’heure légale, le lever du jour. En vain, car la haute cour de Blois le condamna à 20 ans de travaux forcés le 8 août 1870. À cause de cette date tardive, il eut la chance de ne pas avoir été déporté quand il fut amnistié le 8 septembre 1870, par le gouvernement provisoire du 4 septembre. Sa singulière biographie est révélatrice des promotions opérées sous la Commune. Ensuite, chat échaudé craint l’eau froide, l’expérience carcérale de Mégy lui aurait donné envie de fuir le 30 avril, face à sa puissante artillerie et à ses 20 000 soldats de métier, qui avançaient. Puis Mégy parvint à fuir en Suisse lors de l’écrasement de la Commune, avant de se réfugier en Amérique. D’autre part, 150 communards refusèrent de lui obéir le 30 avril. Courageusement, sinon de façon suicidaire, ils restèrent au fort.

Aussi le fort d’Issy ne fut pas investi par la garde nationale peu après, contrairement à ce que dit la toute première version du papier, car une partie de sa garnison s’y trouvait quand La Cécilia et Cluseret accoururent de Paris pour la renforcer, avec 300 hommes du bataillon 137, appelés Turcos de la Commune. D’autres groupes de fédérés les rejoignirent dans la soirée. De telle sorte que se trouvèrent au fort le 30 avril au soir près de 600 hommes, dont peu d’artilleurs et de sapeurs.

Dans la nuit du premier au 2 mai les Versaillais attaquèrent le château d’Issy ainsi que les barricades alentour, au prix de lourdes pertes. Le château Bourbon Conti ne fut pas détruit à ce moment-là, mais beaucoup plus tard, en 1903. Son grand pavillon brûla certes le 4 mai, à la suite du tir d’un obus dont nous ignorons la provenance, mais l’immeuble donnant sur l’actuel parc Henri Barbusse était debout après la guerre civile. La destruction dut château et de ses jardins fut négociée longtemps après par la société qui en était devenue propriétaire.

Après la chute du fort les combats d’Issy se poursuivirent. Les communards n’avaient plus rien à opposer à l’artillerie ennemie, sinon des barricades. Il y eut de durs combats dans la rue de l’Église, maintenant appelée rue de l’Abbé Grégoire, pendant lesquels les Versaillais explosèrent maison après maison. L’église Saint-Étienne fut en endommagée, les dernières barricades ayant été érigées à ses côtés sans que les communards cherchassent apparemment à se retrancher à l’intérieur du bâtiment.

Après que le 9 mai 1871 ce qu’il restait du fort d’Issy fut évacué, presque entièrement cerné par les Versaillais, sous le feu de l’ennemi et sous un commandement plus compétent que ce n’avait été le cas auparavant. De façon désespérée les parigos essayèrent de reprendre le fort le 10 mai, mais ce fut hécatombe. Puis l’avancée versaillaise se poursuivit. Le séminaire tomba le 12 mai, le lycée de Vanves le 13 mai, après que des barricadiers de la rue de l’Église s’y furent retranchés. Sur la dernière butte avant Paris, la dernière défendable, alors que le combat en plaine était perdu. Les ultimes combats se déroulèrent toutefois en plaine le 13 mai, au couvent des Oiseaux, emplacement de l’ancienne mairie d’Issy. Ce fut massacre, au canon versaillais, fédérés et poulbots ripostaient à coups de fusil.

Dès lors Paris était ville ouverte. Les Versaillais avaient pénétré la ville par la porte de Saint-Cloud et par Neuilly. Une fois Issy conquise, l’armée régulière n’avait qu’à avancer lentement dans la plaine de Paris, d’ouest en est, en suivant le même principe. Le canon d’abord face aux barricades, qui provoque des incendies, plus tard seulement avancée de l’infanterie, dont il ne fallait surtout pas que des soldats sympathisassent avec les communards. Des « soldats » de la garde nationale avaient trahi la Commune de Paris, l’inverse était à éviter.

Issy tombée, l’affaire était réglée, les derniers barricadiers, à Belleville, furent écrasés le 28 mai en début d’après-midi. Thiers aurait pu précipiter la fin des combats, mais il ne l’a pas fait. Prudent, il s’était réfugié à Versailles lors de l’éclatement de la Commune, prudent il fut dans sa conquête de la capitale.

Espérons que la tête noire aura compris pourquoi Issy était clé stratégique de Paris au dix-neuvième siècle, maintenant de France et d’univers, comme disait le juif allemand Anacharsis Cloots. Ce dont la salope Martine Aubry a conscience, car c’est au marché de Mairie d’Issy qu’elle s’est pointée la veille des primaires socialotes. Elle savait que les hordes d’Aigle Noir ne l’attaqueraient pas. Elle savait aussi l’enjeu capital que constitue la ville, Issy n’étant pas seulement clé stratégique de Paris, mais de France.

3 commentaires »

  1. Pour info:
    Alain.Becchia@univ-savoie.fr

    (Merci, NDLR.)

    Commentaire par jules — 4 novembre 2011 @ 10:47 | Réponse

  2. – Guionnet fit ensuite saut au kiosque pour s’enquérir s’il y avait eu rassort de Charlie hebdo.

    – Bien qu’ayant voulu réfuter l’aspect religieux de l’histoire, Becchia parle de l’importante influence des bénédictins à Issy, qui apparaît encore un peu à Vanves. Il se libère quand il reproduit de larges extraits de « Harangue des habitants d’Issy a Monseigneur l’archevêque de Paris », écrite entre 1728 et 1743 par un vicaire issisois contre les jésuites.

    – Au point que l’Issisois parle toujours jargon, ou iargon. Il connaît les combines du sorbonnard, qu’il déteste. En revanche il respecte le bénédictin en haïssant le jésuite. Nuance difficile à comprendre pour le fan du site, c’est à lui de faire avec.

    Bon, on résume lecteur de Charlie hebdo (siné-torche-cul aussi ?), partisan des Bénédictins par rêverie (éthylique?) pour le pape de l’an 1000, pour le temple va voir les loubavitchs.

    http://lelibrets.blogspot.com/2011/10/conference-la-sexualite-cette-inconnue.html

    (Tous ces passages ont été modifiés, mais les idées restent. Bien sûr lecteur de Charia hebdo, pas de Charlie hebdo, pour le renseignement. Quant aux moines bénédictins, je songe à ceux de l’an mil, à leurs œuvres, y compris artistiques, et au rôle politique qu’ils ont joué dans la guerre au Sarrazin. Il n’y a pas d’éthylisme dans tout ça. Il s’agit d’élaborer nouvelle science dont le nom reste à trouver : magie historique ou histoire magique ? Question difficile à trancher, NDLR.)

    Commentaire par Duparc — 4 novembre 2011 @ 13:55 | Réponse

  3. Je signale à votre insatiable curiosité, peut-être inutilement d’ailleurs, cette bio’ de Dracula rédigée par Matei Cazacu (Spécialiste de la Roumanie et du monde balkanique, il est l’auteur notamment de Miracles, visions et rêves prémonitoires dans le passé roumain.) suivie de la version complète et jamais rééditée depuis 1878 du roman dont s’est inspiré Bram Stoker pour son Dracula, le Capitaine vampire. De nombreux documents d’époque y sont livrés dans leur intégralité selon l’éditeur Tallandier.

    Ce bouquin m’intéresse au plus haut point.

    Abondance d’infos ne peut nuire lorsqu’il s’agit d’aller au fond des choses.

    (Merci, mais je suis débordé en ce moment. C’est toutefoisnenregistré. Je lirai bientôt Abraham Stoker, je trouverai peut-être des trucs qui échappent au non-hounvarisant, l’influence de Vámbéry ne s’étant peut-être pas limitée au noms du héros, NDLR.)

    Commentaire par Danny — 6 novembre 2011 @ 20:50 | Réponse


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