Alain Guionnet – Journal Revision

20 avril 2010

LES JUIFS SELON ROGER PEYREFITTE

Un abonné à Revision s’étonne de ne pas avoir reçu de publication depuis le numéro 115 de mars 2009. Mais il pimente son courrier, il écrit : « L’autre jour j’ai terminé la lecture de Les Juifs de Roger Peyrefitte. Je ne sais pas si vous avez déjà lu ce livre (écrit en forme de roman), mais j’ai trouvé un chapitre sur la circoncision que j’ai photocopié pour vous et que je vous envoie. » Aimable attention. Sauf que Guionnet a lu cet ouvrage depuis plus de vingt ans et qu’il éprouve grand respect pour Roger Peyrefitte (1907-2000, normalsupien, frère du politicien Alain Peyrefitte). Guionnet a en outre connaissance du jargon médical concernant la verge. De haut en bas, ou de bas en haut, cela dépend de son état, se trouvent méat, prépuce, gland, bague, frein, fourreau, bourse. Sans parler des organes internes, comme urètre, veine du fourreau ou batoches. La bague, par exemple, était appelée couronne avant la révolution, mot que le site préfère à bague. Comme batoche, vocable d’argot signifiant testicule en usage autrefois, quand les hommes ne portaient pas de slip serré leur comprimant le sexe et réduisant leur virilité. Voici de larges extraits de cette lettre à un goy inconnu, ou à un incony goy, comme on devrait dire en engluche :

Cher Goy Inconnu,

Il n’y a pas eu de numéro paru depuis le 115 de mars 2009, où je racontais mes malheurs à cause de l’affaire Dinoscopus. Aucun autre numéro n’est pour l’instant prévu. La parution est suspendue faute d’abonnés et à cause de la toile, sur laquelle maintes gens croient tout trouver, qui plus est gratuitement. D’une façon générale, je publie la revue quand elle est fruit de recherche, mais je ne fais plus de recherche, je me contente de commenter l’actualité sur mon site Alain Guionnet wordpress. L’avantage est qu’il touche un large public, en partie hostile, et que son influence est sans doute plus forte que l’imprimé. Le site permet surtout de dire les choses en temps et en heure. En voici un extrait de la semaine écoulée. (…) Vous aviez envie de me dire quelques mots, très bien, et de me communiquer un extrait d’un livre que j’ai lu il y a très longtemps. Lors de la parution des premiers numéros de Revision, Roger Peyrefitte se réjouissait de l’événement, dont il parlait volontiers à ses visiteurs. Surtout que nous avons des références communes. Aussi bien le Zohar que Montaigne, ou l’emploi des mots sceau et antisémitique, en revanche j’ignore la signification de bidault en vieux français (499). Sur certains points, Peyrefitte était en avance sur la revue, par exemple en ce qui concerne l’inceste juif, qui m’a toujours paru secondaire dans la mesure où l’inceste n’est pas monopole du juif. Il est vrai qu’il joue un rôle central dans le freudisme, mais le judaïsme ne se résume pas à Freud. Ajoute à cela que Peyrefitte donne la parole à des personnes imaginaires dont certains propos sont saugrenus. Comme quand Saül parle des « trois rites — circoncire, déchirer et aspirer — » (500). De deux choses l’une, ou bien Peyrefitte méconnaissait la médecine, ou bien il n’avait pas lu le Livre du Kahal et se référait exclusivement à Montaigne, car les trois opérations ne se déroulaient pas dans cet ordre. Il y avait décalotage par le premier opérateur, puis excision par le deuxième, enfin succion par le troisième. Le mot décalotage ne se trouve pas dans le dictionnaire, mais peu importe. Et puis succion est seul mot en usage en médecine, au lieu d’aspiration. En outre Peyrefitte commet la même erreur que les universitaires boches de l’entre-deux-guerres, il réduit les trois opérateurs à un seul, le mohel, à la fois exciseur et suceur dans le texte. C’est la cas à présent, mais pas du temps de Montaigne, qui parlait de trois « ministres ». Pareille mésinterprétation de Peyrefitte est imputable à sa formation universitaire, à ses références littéraires surtout francophones, accessoirement à ses penchants sexuels. (Le bidault dont il parle est sans doute le gland.)

Ses penchants sexuels sont peut-être aussi à l’origine de la théorie qu’il prête à Saül : « c’est la circoncision qui nous confère ce sceau de race érotique » (483). Propos contestable au plan religieux quand on sait la frayeur rabbinique face à la nudité et surtout face au poil. Mais c’est du judaïsme parisien des années soixante dont parle Peyrefitte, qui donne la parole à un juif projetant de se marier à une goye. La juive est en revanche volontiers érotique. Comme Claude Sarraute, elle sait parfois user de ses charmes pour piéger le goy, souvent coincé, en Occident, par son excision en esprit. La juive tient une partie de son talent érotique de sa condition traditionnelle d’ambassadrice du cahal, sachant se montrer docile et apprendre au besoin plusieurs langues. Ce n’est donc pas le juif juste, c’est-à-dire coupé, qui appartiendrait à une race érotique, mais la juive indemne, ou « intacte », comme dit l’amerloque. On ne s’étonnera toutefois qu’à moitié que Peyrefitte feignît ne point s’en apercevoir.

Je te quitte. Amicalement,

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