Alain Guionnet – Journal Revision

13 avril 2010

ÉTUDE DE JACQUES HALBRONN

Jacques Halbronn développe actuellement sa thèse suivant laquelle l’auteur du Protocole des sages de Sion se serait inspiré de publications antitalmudiques. À commencer par la plus célèbre d’entre elles, celle d’August Rohling, initialement publiée à Münster en 1871 sous forme de petit livre de 67 pages : Der Talmudjude : zur beherzigung für Juden und Christen aller Stände (Le juif talmudique : pour l’encouragement des juifs et des chrétiens de toute condition). C’est sans doute la première fois que le titre est intégralement traduit en français. Il fallut attendre 1888 et 1889 pour qu’il fût publié en français, sous les titres Le juif talmudiste et Le juif selon le Talmud. Halbronn n’en est qu’à son premier brouillon, où il met l’accent sur l’originalité de sa démarche, hélas ! traditionnellement rejetée en France par l’israélite comme par l’antisémite (seul Jean Drault l’a esquissée, à un moindre degré que le colmarois Joseph Santo, qui a insisté dessus, sans doute sous l’influence teutonne). Toujours fâché avec le germain, Halbronn peut donner l’impression dans son brouillon que Franz Delitzsch, opposant à Rohling, était juif. Or l’auteur de Rohling’s Talmud beleuchtet (Le Talmud de Rohling éclairé, 1881) était luthérien et ses arguments gagneraient à être connus.

Surtout qu’il eut pour fils Friedrich Delitzsch, assyriologue bien connu de Revision. C’est lui qui retraça comment, en kiènguigeois, mag (grand dans le sens de sublime) fut initialement transcrit par un pictogramme représentant une verge en érection et sa bourse. C’est Friedrich Delitszch qui amena le site à voir dans le « chiffre d’homme » 6 une verge au repos avec sa bourse. De telle sorte que la démarche d’Halbronn et celle du site sont inverses. Halbronn part de Rohling pour en arriver à dire mot de Franz Delitzsch, tandis que le site part de son fils avant de considérer les écrits de son père comme forcément intéressants. Avant de jeter un œil, enfin, sur le petit livre de Rohling de 1871, qui se trouve à la biliothèque de l’Alliance israélite universelle. Il y a d’autre part la démarche d’Édouard Drumont, qui préfaça Le juif selon le Talmud, traduit en français d’après une version postérieure à celle de 1871.

Rohling était francophone et 1871 retient l’attention, car ce fut cette année-là que les Prussiens, accompagnés de leurs banquiers juifs, entrèrent victorieusement dans Paris. Voilà un lien entre antijudaïsmes français et germanique auquel Halbronn ne songe pas. Pour le reste, Halbronn reprend la thèse dominante suivant laquelle les Protocoles (quel barbarisme !) auraient été écrits à Paris par un agent de la police secrète russe. Il n’examine pas le texte, mais s’arrête sur le mot sage, qui n’a rien de péjoratif et qu’il compare à rabbin. Seulement, avant l’âge de quarante ans, un rabbin ne saurait être sage selon la cabale juive. En sa qualité d’astrologue et de juif juste, Halbronn a étudié la cabale juive, mais il n’en parle pas, comme si elle était étrangère à l’affaire Protocole des sages de Sion, ce qui est en partie vrai. En revanche, sa maîtrise de l’hébreu est remarquable.

Outre-Rhin, Johannes Rothkranz commet la même erreur qu’Halbronn dans Die Protokolle erfüllt (Les Protocoles accomplis, dont le deuxième tome parut en 2004). Ce sédévacantiste n’a toujours pas compris que protocole fut écrit au singulier par les sionistes en 1898, quand ils publièrent le compte rendu de leur premier congrès de Bâle, en 1897. Et le choix des sionistes s’explique aisément : ils empruntaient ce mot au jargon administratif français, à cet État laïque dont les fonctionnaires sacralisaient le protocole. Autrement dit, le sionisme est d’inspiration néologique juive. Il s’agit d’un courant de pensée racial et national, plus politique que religieux. Ce qui échappe à Rothkranz, pour qui le religieux prime le politique. Quant à Halbronn, il se trouve quelque part dans le cosmos.

Encore qu’il soit coincé par sa religiosité. Halbronn tient la lecture du chiffre 6 par le site pour « obscène ». Point sur lequel il rejoint le catho’, mais pas le chrétien réformé. Delitzsch était réformé, comme Élie Reclus, auteur d’une étude remarquable sur l’éviration-excision. Encore ce matin, un alsaco réformé écoutait attentivement la thèse du site suivant laquelle 6 représenterait verge au repos et bourse. Ce qui expliquerait l’ostracisme dont est victime le site. Ni juif ni catho’, il serait d’inspiration réformée ! Grave erreur quand on sait son hostilité à Luther, Calvin et à leurs compères.

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